09: Brünigpass à Ringgenberg

Entre lac et canyons, sous les neiges éternelles

 

DIDIER HEUMANN, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.

Pour ce chemin, voici le lien :

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-rohrschach-a-herisau-par-la-vis-jacobi4-31728164

Ce n’est évidemment pas le cas pour tous les pèlerins d’être à l’aise avec la lecture des GPS et des cheminements sur un portable, et il y a encore de nombreux endroits sans connexion Internet. De ce fait, vous pouvez trouver sur Amazon un livre qui traite de ce parcours. Cliquez sur le titre du livre pour ouvrir Amazon.

Le Chemin de Compostelle en Suisse. Via Jacobi 4: Du Bodensee à Genève

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Aujourd’hui, le périple se dévoile majestueusement depuis les sommets du col du Brünig, embrassant l’Oberland bernois dans une danse harmonieuse entre les étendues azurées et limpides des lacs de Brienz et d’Interlaken, et les sommets vertigineux qui trônent telles des divinités tutélaires, parmi lesquelles le Finsteraarhorn, l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau se dressent en orgueil régional. Cette étape se révèle être un tableau saisissant, parfois sauvage dans les ravins rocailleux, où la nature déploie toute sa splendeur.

Depuis Brienz, le parcours s’élève à trois reprises depuis les villages riverains du lac pour mieux embrasser les hauteurs avant de replonger aussitôt dans les vallées. Chaque passage est une invitation à la découverte, où les constructions ancestrales en bois, parées de sculptures élaborées, rivalisent en magnificence. La petite cité de Brienz, quant à elle, dévoile ses trésors de sculptures sur bois, témoignant d’un artisanat local empreint de tradition.

Plus loin, le chemin s’aventure à travers bois, canyons sauvages et contrées pastorales, offrant à chaque détour des panoramas saisissants sur le lac de Brienz, dont les eaux se teintent au gré des humeurs célestes. Ici, les églises se font rares, remplaçant le culte par des temples, car le canton de Berne reste profondément ancré dans la tradition protestante.

Il convient de souligner, une fois de plus, que la traversée du Chemin de Compostelle en Suisse alémanique est un enchantement perpétuel, une expérience renouvelée à chaque pas. Au-delà des prairies et des bosquets qui se succèdent, le patrimoine rural se dévoile dans toute sa diversité, reflétant les spécificités de chaque vallée. Dans ce pays d’élevage et de tradition laitière, les fermes et les demeures paysannes, fruits d’un savoir-faire ancestral, rayonnent dans leur splendeur originelle.

Difficulté du parcours : Les dénivelés de cette journée se révèlent très conséquents (+645 mètres/-1050 mètres), rendant l’étape exigeante et éprouvante pour les jambes. Après avoir gravi les pentes marquées au-dessus du col du Brünig, la descente abrupte vers Brienzwiler, d’une hauteur de plus de 400 mètres, témoigne de la rudesse du chemin. Les montagnes russes ponctuent le parcours jusqu’à Brienz, puis plus loin, où le chemin serpente entre canyons et villages, jusqu’à plonger définitivement vers les rives du lac à Ringgenberg. Au cours de cette étape, vous croiserez une myriade de canyons, parfois asséchés, qui ne sont en réalité que des vestiges de l’érosion montagneuse, des éboulis majestueux ou des couloirs à avalanches Ringgenés dans le temps.

État de la Via Jacobi : Dans cette étape, les parcours sur les chemins et sur les routes sont équivalents :

  • Goudron : 12.5 km
  • Chemins : 11.5 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur sur ces parcours. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.

Pour les “vrais dénivelés ”et pour les passionnés de véritables défis altimétriques, consultez attentivement les informations sur le kilométrage au début du guide.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections pour faciliter la visibilité. Pour chaque section, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes rencontrées sur l’itinéraire et l’état de la Via Jacobi.

Section 1 : Une longue et pénible descente sur Brienzwiler.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : descente pénible et difficile, déjà par beau temps. Par endroits, les pentes dépassent allègrement les 25%. Près de 500 mètres de dénivelé négatif.

La Via Jacobi entame sa descente depuis le col du Brünig, serpentant sur la route juste en contrebas de l’élégant hôtel Kulm. À cet endroit précis, elle s’élève au-dessus de l’asphalte, esquivant ainsi le flot incessant de voitures, qui, durant la journée, s’y presse en nombre.
Aujourd’hui, les cieux nous gratifient de leur pluie, du moins en ce début d’étape. Ce manteau aqueux nous prive de la vision panoramique de la vallée. Les imposantes cimes des Alpes bernoises – l’Eiger, le Mönch, la Jungfrau – même par temps clair, demeurent insaisissables, dissimulées par les contours encaissés de la vallée. Un sentier sinueux s’étire le long de la route, offrant une alternative à l’agitation routière.
Un peu plus loin, l’itinéraire dévie de l’axe central de la vallée, s’élevant progressivement vers le paisible hameau de Herweg.
Plus en amont, un sentier se faufile à travers la frondaison, menant jusqu’à une clairière où se dressent fièrement les modestes granges de Brääch. En Suisse, le hêtre est exploité avec une ferveur inégalée, ses billots soigneusement disposés le long des chemins fréquentés par les tracteurs.
Peu après, le sentier se fraye un chemin à travers la vaste forêt de Uochwald, un bois dense que la Via Jacobi traversera jusqu’à Brienzwiler. La pente s’accentue légèrement au cœur de cette forêt de hêtres, où quelques conifères parsèment le paysage, principalement des épicéas. Ici, l’air résonne des échos des alpages.
Commence alors une longue et escarpée descente à travers la forêt, ponctuée de passages particulièrement pénibles, où les pentes atteignent souvent des inclinaisons dépassant les 25%. Cette descente figure parmi les plus abruptes du Chemin de Compostelle en Suisse, rivalisant avec la descente vers le lac des Quatre Cantons à Beckenried ou les déclivités soutenues menant à Wattwil ou à Schwyz. Dans l’enchevêtrement de ce bois en forte pente, où chaque pas est un défi à la gravité, la forêt s’étire comme une étoffe tendue sur un châssis irrégulier. Les hêtres, enchevêtrés dans une danse millénaire, semblent défier le ciel avec leurs branches noueuses et leurs troncs robustes. Les racines, telles des doigts avides, s’agrippent au sol instable, creusant des sillons dans la terre meuble, témoins silencieux du combat incessant contre la pesanteur. Le sol, jonché de feuilles mortes et de cailloux émoussés, semble vouloir ralentir tout mouvement précipité, rappelant à chaque pas la nécessité de la prudence. Chaque virage du sentier révèle de nouveaux défis, des pentes abruptes où la terre cède sous le poids du voyageur intrépide. Les pierres instables roulent sous les pieds, créant une symphonie qui s’accorde au craquement de branches mortes.
Au-delà de la pénombre des sous-bois, l’horizon s’ouvre plus bas sur des panoramas grandioses, offrant une récompense à ceux qui osent affronter les défis de la forêt en pente. La vallée de Brienz et d’Interlaken s’offre à vous comme un spectacle à couper le souffle.
Plus bas encore, le sentier quitte enfin le couvert forestier et franchit le Dorfbach, un cours d’eau asséché, mais dont les crues doivent être redoutables, à en juger par l’imposante digue de béton qui le borde. Peu après, le sentier se fraye un chemin à travers la vaste forêt de Uochwald, un bois dense que la Via Jacobi traversera jusqu’à Brienzwiler. La pente s’accentue légèrement au cœur de cette forêt de hêtres, où quelques conifères parsèment le paysage, principalement des épicéas. Ici, l’air résonne des échos des alpages.
Peu après, une route vous guide vers les hauteurs de Brienzwiler, où le village se déploie dans toute sa splendeur. Brienzwiler, village enchanteur s’il en est, dévoile ses charmes à qui sait les apprécier. Dans le canton de Berne, l’opulence se niche avant tout au sein des communautés rurales.
Brienzwiler, tel un joyau émergent, charme par ses maisons de bois, véritables témoins d’un passé glorieux. Ici, point de simples fermes, mais des demeures élégantes aux façades brunes, patinées par le temps. Les fenêtres se frôlent presque et les rideaux brodés ajoutent une touche de raffinement. Parfois, de modestes galeries s’étirent sous des toits en croupe, parés de géraniums, emblèmes floraux des balcons des villages alpins de Suisse germanique.
Chaque bâtisse semble porter en elle l’essence même de la tradition et de l’authenticité. Les poutres usées par le temps racontent des histoires oubliées, tandis que les façades témoignent du talent des artisans d’antan. Là où les regards se posent, les détails délicats émerveillent, révélant la perfection des lignes et la finesse des ornements. Dans cet héritage précieux de maisons de bois, si anciennes qu’elles semblent respirer la grâce et la beauté, chaque instant passé à contempler ce patrimoine est un moment de pure extase. C’est assurément l’un des plus beaux villages que vous aurez la chance de découvrir sur le Chemin de Compostelle en Suisse.
À la sortie du village, la route vers Hostetten se faufile à travers une clairière boisée. Jusqu’à Brienz, le Chemin de Compostelle s’étire presque à l’horizontal. Bientôt, le sentier longe un vaste manège, témoignage de l’activité humaine qui anime ces contrées.

Section 2 : Faux plats descendants vers le lac de Brienz.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.

Immédiatement après, la Via Jacobi s’écarte de la voie asphaltée pour emprunter un sentier de terre s’enfonçant dans un bois touffu, où se faufile un ruisseau babillant au cœur du chemin. Ici, la forêt se pare d’une diversité végétale, mêlant majestueux épicéas et délicats feuillus, principalement des hêtres aux frondaisons généreuses. Les rayons du soleil peinent à percer le feuillage dense, créant des jeux d’ombres et de lumière qui dansent sur le sol jonché de mousse et de feuilles mortes, tandis que le murmure cristallin du ruisselet accompagne les pas des randonneurs avec une mélodie apaisante.
Par la suite, le chemin traverse le lieu-dit de Bifing, où une halte s’offre aux voyageurs avant de franchir plus loin le cours d’eau d’Eistlenbach. À proximité, se dresse le remarquable musée en plein air de Ballenberg, véritable condensé de l’architecture traditionnelle des campagnes suisses d’autrefois. La Via Jacobi ne s’y égare point.
Plus avant, le chemin se dévoile hors des bois pour rejoindre l’asphalte, traversant le village de Hostetten beim Brienz avec ses élégantes demeures en bois, presque aussi ravissantes qu’à Brienzwilwer. Les façades aux balcons fleuris témoignent du savoir-faire des artisans locaux, tandis que les ruelles pavées résonnent encore des récits des générations passées. L’atmosphère y est imprégnée de quiétude, comme figée dans le temps.

Évoquer ici l’art du travail du bois semble être une évidence. En quittant le village, une fabrique spécialisée dans les jouets en bois dévoile des sculptures surprenantes de vaches stylisées. Chaque pièce semble revêtir une vie propre, témoignant du talent et de la passion des artisans locaux pour leur métier. L’odeur caractéristique du bois fraîchement travaillé chatouille les narines, invitant les visiteurs à découvrir l’âme de cet artisanat ancestral. Une gigantesque vache en bois stylisée trône dans la vitrine.

La Via Jacobi poursuit alors sa route en direction de Schwanden, sous la garde majestueuse d’un taureau de la race Simmental. L’animal, imposant et fier, semble veiller sur les pèlerins avec bienveillance, sa silhouette se découpant majestueusement sur le fond des montagnes environnantes. Sa démarche puissante évoque la force tranquille des paysages alpins qui l’entourent, offrant aux voyageurs une sensation de sécurité et de sérénité.
Bientôt, la route laisse place à un large sentier de terre s’enfonçant dans la campagne. Ici, seuls les pâturages s’étendent à perte de vue, peu ou pas de cultures en vue. La région est vouée à l’élevage laitier, où les Simmental règnent en maîtres incontestés. Les modestes vaches grises de la Suisse orientale, les Braunvieh, ont ici laissé la place aux fières Simmental. Les agriculteurs bernois demeurent attachés à leurs races ancestrales, et dans ces prés, point d’armées de Holstein que l’on rencontre plus loin, dans les pâturages gruyériens.
Puis, le chemin s’enfonce sous le couvert des hêtres et des chênes séculaires…
…avant de s’ouvrir à nouveau sur la campagne, offrant une vue imprenable sur le lac de Brienz qui s’étend à perte de vue. Les eaux scintillantes semblent refléter l’immensité du ciel, créant un tableau envoûtant où se mêlent les nuances de bleu et de vert. Au loin, les montagnes se dressent telles des sentinelles silencieuses, surveillant paisiblement les rives paisibles du lac.
Alors, une route entame sa descente vers Brienz, tout d’abord à travers un bosquet d’arbres verdoyants. Le chemin sinueux offre des vues panoramiques sur les vallées environnantes, où les premiers signes de l’approche de la civilisation se font sentir.
À la lisière du bois, elle traverse les hauteurs de Lauenen, banlieue pittoresque de Brienz

Section 3 : La belle traversée de Brienz.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté, avant la montée vers les canyons.

Plus loin, le parcours serpente avec élégance hors de l’enceinte villageoise, trouvant son chemin à travers un sous-bois où le murmure apaisant du Lammbach accompagne les pas des randonneurs. En franchissant le Schwandenbach, juste après la jonction des deux ruisseaux, le chemin s’ouvre sur la route de Brienz, offrant une vue pittoresque sur les reliefs environnants.
Cette voie, déroulant son ruban jusqu’à Brienz, se démarque humblement de l’axe du Brünig, qui a la prérogative de longer l’autre rive du lac majestueux. Un changement de cap s’opère peu apèrs pour la Via Jacobi, laquelle s’écarte de la route de Brienz pour s’engager sur une route plus modeste, passant sous le pont ferroviaire pour atteindre finalement le rivage serein. 

Au loin, la silhouette élancée des montagnes se dessine majestueusement, tandis que la route continue son périple, traversant le Glyssibach canalisé entre ses digues protectrices. Bien que les torrents qui dévalent des sommets se réduisent souvent à de modestes écoulements, la prudence reste de mise face à la menace potentielle des crues, témoignant de la force implacable de la nature.

L’arrivée sur le “strandweg” (chemin de la plage) qui serpente le long du rivage annonce la proximité de Brienz, offrant un répit bienvenu après les péripéties poussiéreuses du chemin.

C’est là que s’éveille le monde en bois sculpté de Brienz, où une exposition permanente de sculptures sur bois célèbre l’art sous toutes ses formes. Cette galerie à ciel ouvert, témoin d’une tradition millénaire revisitée par la modernité, éblouit par sa créativité et son audace, dévoilant un pan méconnu de l’artisanat helvétique. C’est tout simplement sublime, un art qui s’est affranchi des chaînes de la tradition pour embrasser pleinement l’expression moderne et contemporaine. Nous sommes transportés loin des sempiternelles fontaines sculptées, si souvent rencontrées à travers le pays, vers un univers où l’audace et la créativité repoussent sans cesse les limites de l’imagination. La splendeur de la sculpture sur bois naïve réside dans sa simplicité même. Chaque œuvre semble être le fruit d’une connexion pure avec la matière et l’esprit, capturant l’essence même de l’art brut. Les formes épurées et les motifs candides révèlent une beauté authentique et sans artifice, évoquant un sentiment de nostalgie et de pureté qui touche au cœur.

Le “strandweg” conduit finalement à la gare de Brienz, point de convergence pour les voyageurs et les âmes en quête d’aventure. Le va-et-vient des trains rythme la vie paisible de la cité, offrant une toile de fond dynamique à ce tableau pittoresque. C’est encore et toujours le Lucerne-Interlaken Express, que nous avions quitté au col du Brünig et qui a fait un petit saut vers Meiringen à l’autre bout du canton, près des grands cols.

Pour ceux désirant s’offrir une pause bien méritée, l’option du train à vapeur vers le Rothorn s’offre à eux, promettant une ascension vertigineuse vers des panoramas époustouflants. La vue là-haut sur les lacs et les Alpes est exceptionnelle. Par beau temps, bien évidemment.

Depuis la gare, la Via Jacobi se love le long du lac, entre les statues de bois qui jalonnent le chemin, témoins silencieux d’une créativité sans bornes, sculptées entre effroi, douceur et tendresse.
Près du port animé et des demeures pittoresques, le Trachtbach se jette dans la cité avec une douceur rafraîchissante, apportant son lot de vie et de mouvement.
Le cœur de la petite cité, berceau de 3’000 habitants, s’ouvre alors aux visiteurs, dévoilant ses ruelles pittoresques et ses façades chargées d’histoire. Les maisons sont toutes plus charmantes les unes que les autres. On a vraiment de la peine à comprendre pourquoi les touristes vont en masse à Interlaken, dans une cité effrénée où il n’y a pas grand-chose à voir, et désertent en grande partie Brienz, un vrai musée à ciel ouvert, calme et serein.
Une échoppe pittoresque, abritant une myriade d’objets sculptés, invite à la flânerie, offrant aux visiteurs la possibilité de rapporter un morceau de l’artisanat local chez eux, dont les petites vaches en bois fabriquées à l’usine d’Hofstetten,
Quelques œuvres supplémentaires, dont une curieuse sculpture en métal, piquent la curiosité des promeneurs, éveillant leur sens artistique avant que la Via Jacobi ne reprenne son cours, quittant Brienz en direction de l’église.
Il faut le dire nettement ici. Pour les gens sujets au vertige, il ne faut pas suivre la Via Jacobi à partir d’ici. Sur le trajet, il y a un pont suspendu assez vertigineux, branlant par surcroit. Ce n’est pas dangereux du tout, mais le vide est important. Si vous appartenez à cette catégorie, prenez le train de Brienz à Oberried, où vous rejoindrez le chemin.

Pour les autres, la Via Jacobi grimpe le long de la route derrière l’église, à proximité de l’école des sculpteurs sur bois.

C’est là que s’épanouissent encore de magnifiques demeures, témoignant de l’âme et de la poésie qui imprègnent les habitations bernoises.
La route franchit ensuite le ruisseau de Müllibach et s’élève jusqu’au hameau de Chilchacher, où la pente se fait plus prononcée, défiant les jambes des marcheurs.
Depuis cette hauteur, le lac semble réduit à une simple étendue d’eau miniature, capturant l’attention par sa petitesse relative. Ici, la pente se fait plus douce, invitant la Via Jacobi à s’enfoncer dans les bois par un large chemin de terre battue.

La route de terre traverse alors le sous-bois pour aboutir à Ried, près du Hellgraben, où la montagne se fait sévère et impérieuse, dessinant de véritables canyons à la beauté sauvage. “hell” signifiant “enfer” en allemand. Vous y êtes presque.

Section 4 : Un véritable gymkhana au-dessus du lac de Brienz.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours casse-pattes à souhait jusqu’à gagner le pont suspendu sur le canyon, puis après descente régulière.

Un sentier pittoresque serpente alors sur le flanc escarpé du canyon, descendant avec grâce vers une modeste ferme où les majestueux yaks, semblables à des gardiens des hauteurs, paissent paisiblement. L’atmosphère est imprégnée d’une sérénité profonde, seulement troublée par le murmure lointain des cours d’eau cachés dans les replis de la vallée.
Ensuite, il s’élève légèrement à travers le bois de hêtres, découvrant ainsi l’entrée raisonnable du profond canyon d’Ofenbielengraben. La végétation luxuriante s’épanouit autour du sentier, offrant un tableau éblouissant de verts variés sous les rayons tamisés du soleil. Dans ces contrées, les flots déchaînés en période de crue sont redoutés, à juste titre, mais aujourd’hui, seuls les murmures apaisants de la nature résonnent.
Sans tarder, le chemin s’élève davantage à travers le bois, puis sinue gracieusement au sein d’une forêt aérée, où les majestueux érables tendent fièrement leurs branches, leurs feuillages chatoyants comme des peintures vivante, dans un sentiment de communion avec la nature. La majesté brute de la géologie se dévoile ici sous forme d’éboulis arrachés des parois rocheuses taillées par les âges, témoignant de la puissance indomptable de la nature.
Plus loin, c’est le doux canyon de Mattgraben, avec un filet d’eau qui s’extirpe avec difficulté des entrailles de la terre.
Plus loin, des voyageurs ou des pèlerins contemplent avec admiration une structure métallique imposante. S’arrêtent-ils, hésitant à traverser le pont suspendu au-dessus du gouffre d’Unterweidligraben ? Ce pont, d’une longueur de 70 mètres et d’une largeur d’un mètre, oscille doucement au rythme des pas des courageux traversants, offrant une sécurité inébranlable. Seuls ceux affligés d’un vertige insurmontable pourraient éprouver le moindre frisson. Il vous est permis de jeter un regard en contrebas. Le vide ici impose le respect.

Une large voie en terre descend alors sur près de deux kilomètres à travers la dense forêt de feuillus. En Suisse, les majestueux chênes ne rivalisent jamais en nombre avec ceux de France. Le hêtre règne en véritable souverain parmi les grands arbres, tandis que les érables plus modestes occupent une place de choix à ses côtés. Les majestueux charmes sont rares en ces contrées helvétiques, relégués parfois à de modestes charmilles partageant les haies avec les humbles noisetiers. La descente est longue, mais la pente, ici, ne saurait effrayer le randonneur.

Section 5 : Le chemin descend vers Oberried puis reprend de la hauteur.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours encore casse-pattes, avec parfois de fortes pentes.

Lorsque la Via Jacobi émerge des profondeurs boisées, le tapis asphalté supplante la rugosité de la terre foulée, offrant sous vs pas une transition douce, presque imperceptible. Vous marchez sur les hauteurs d’Oberried, légèrement en surplomb du lac, où Brienz se dessine encore à l’horizon, tel un tableau en arrière-plan. Les montagnes lointaines se profilent comme des gardiens silencieux, leurs sommets effleurant les nuages dans un ballet éternel.

Plus bas, la route traverse discrètement le paisible et discret ruisseau de Hirscherenbach…

…et parvient aux hauteurs du village, où les maisons se serrent comme pour se protéger mutuellement des rigueurs du temps.

Du sommet du village, elle descend pour franchir la voie ferrée et rejoindre la route côtière, ponctuée par le bruit cadencé des trains.

Certes, Oberried abrite quelques charmantes demeures en bois, mais elles se font moins nombreuses que celles de Brienzwiler, village phare jalonnant votre itinéraire.

La Via Jacobi descend alors le long des rives du lac, épousant la courbe de la berge, offrant aux marcheurs des panoramas changeants où le bleu profond des eaux rencontre le vert éclatant des pâturages alentour.
Elle s’éloigne ensuite des eaux lacustres pour amorcer sa remontée vers l’extrémité du village, après avoir traversé le ruisseau serpentant dans les méandres du canyon de Louwigraben, canalisé pour éviter sans doute les crues.

Peu après, elle rejoint la route côtière à la périphérie d’Oberried, où le calme de la campagne se mêle au va-et-vient rare des véhicules, comme un écho lointain de la vie moderne.

La Via Jacobi ne s’attarde pas au bord du lac. Une route s’élève à travers la campagne, offrant par endroits des pentes abruptes, défiant les marcheurs tout en leur offrant des vues panoramiques à couper le souffle. Cheminant ainsi, vous pourriez croiser quelques yaks, leur présence exotique ajoutant une touche d’étrangeté à ce paysage familièrement suisse.
À proximité du lieu-dit Talacher, une modeste route de terre remplace l’asphalte et s’engouffre dans les bois en une ascension douce, révélant à chaque tournant de nouveaux trésors cachés dans les replis de la nature.
Là, la déclivité se fait moins rude et le sentier traverse le canyon de Grytgraben, asséché par temps clément, où seuls les oiseaux osent braver le silence solennel qui y règne.
Pas la moindre goutte d’eau non plus dans le sauvage canyon de Farlouwigraben, qui couronne cette montée, où la sécheresse semble avoir figé le temps, transformant chaque rocher en un témoignage silencieux de l’éternité. Ce qui frappe dans cette étape, c’est le contraste saisissant entre la rudesse des canyons, nichés presque en bout de monde, et la quiétude sereine des rives lacustres, comme si deux mondes se côtoyaient sans jamais se rencontrer.
Peu après, la Via Jacobi entame sa descente vers Niederried, suivant un sentier de terre battue, qui semble s’enfoncer toujours plus profondément dans les entrailles de la terre, comme pour mieux en révéler les secrets les mieux gardés.

Les premiers pas s’effectuent sous le couvert forestier, sur des pentes modérées, où chaque rayon de soleil filtre à travers le feuillage pour caresser doucement le visage des voyageurs. Ici, le hêtre règne en maître dans les coupes de bois, constituant la principale source de chauffage en Suisse, sa majesté s’érigeant tel un symbole de la force tranquille de la nature.

Section 6 : On retrouve le lac à la fin de l’étape.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : montagnes russes, avec parfois des pentes très prononcées.

Les clairières se révèlent de plus en plus nombreuses, tandis que le bitume remplace progressivement la terre compactée.

Niederried se profile à l’horizon, adossé au lac, tandis que la route franchit gracieusement un modeste ruisseau, dont le nom se perd dans les méandres du village.

La route s’engage alors dans une descente ouverte en direction du lac…

…rejoignant la route du lac, au milieu du village.
Maintenant, il pleut et la pluie va nous accompagner jusqu’à Interlaken, tombant drue. Les appareils de photo ne sont pas encore tous amphibies, et aucune prise de vue devient possible.

Dès lors, quasi par magie, changeons de période, et retrouvons-nous tout au début du printemps par un jour de beau temps.

La Via Jacobi émerge de Niederried, serpentant sur la route reliant Brienz à Interlaken, puis, à la sortie du village, elle s’évade de l’asphalte pour s’élever à travers les bois touffus.
Dans cette contrée, de nombreux canyons, tantôt modestes, tantôt redoutables, descendent des montagnes tels des pièges à crues ou d’avalanches. Ici, le chemin s’élève au-dessus du Weidligraben, flirtant avec les lisières boisées qui surplombent la route.
Puis, une sente caillouteuse se fait très abrupte à mesure que vous pénétrez plus profondément dans la forêt.
Dans cet écrin sylvestre, la diversité végétale se déploie dans toute sa splendeur, principalement dominée par les majestueux hêtres, agrémentés çà et là de chênes et de conifères, parmi lesquels pins et épicéas se distinguent. Les hêtres, reconnaissables dès les premiers souffles du printemps, arborent des troncs singuliers, tandis que leurs feuilles mortes résistent courageusement sur les branches basses durant les rigueurs hivernales. Cette particularité, appelée marcescence, est partagée avec les charmes, mais la présence de ces derniers demeure rare en ces contrées helvétiques. En revanche, les charmilles des haies prospèrent ici, aux côtés des noisetiers, dont les feuilles se confondent aisément avec celles des charmes, et dont les chatons abondent dès l’automne, en prévision de la récolte des noisettes. 
Plus loin, le chemin s’étire paisiblement entre les blocs de gneiss, escorté par les imposants chênes pédonculés, sur lesquels le lierre s’accroche avec malice, épargnant presque délibérément les hêtres à l’écorce lisse.
Loin de là, le sentier borde une pisciculture, où les eaux ruissellent avec une insouciante félicité.
Dans ce coin reculé, les bûcherons œuvrent avec une minutie exemplaire, entretenant la forêt avec zèle, tandis que les piles de bois de hêtre et de chêne s’alignent soigneusement de part et d’autre du large chemin de terre.
Ensuite, le chemin émerge des bois, à proximité d’une gravière et d’une scierie, au lieu-dit Rosswald.
Une large sente dévale alors la pente en douceur vers Ringgenberg, offrant en toile de fond les sommets enneigés des majestueux 4’000 des Alpes bernoises. Ici, paissent d’élégantes vaches noires, leur origine demeurant un mystère connu seulement du propriétaire. Elles ne sont point de la race d’Hérens, célèbre pour sa livrée noire en Suisse, mais ressemblent davantage à des angus ou des Salers, avec peut-être une touche de Simmental noire.
Sur le chemin, apparaît alors un étrange cortège de randonneurs, escortés par des chèvres servant de porte-bagages, une scène des plus insolites qui égaye parfois votre périple.
Puis, le revêtement en goudron se substitue peu à peu à la terre battue, dévalant progressivement vers le village où se dessine timidement le profil du château.
Dans cette contrée, l’art des murs en pierre sèche suscite une passion inébranlable, érigeant des ouvrages de schistes, granites et gneiss, matériaux omniprésents dans cette région. Jamais ne saurait-on trop exalter la splendeur du patrimoine rural.
Plus bas, une petite route achève son périple en s’engouffrant dans le village, surplombant la route cantonale et la voie ferrée.
La Via Jacobi franchit la route cantonale et se dirige prestement vers la gare, longeant désormais la voie ferrée en direction du château.
Sous l’ombre tutélaire du château-église de Ringgenberg, le parcours s’évanouit.
Au XIIIème siècle, les seigneurs de Brienz érigèrent une imposante forteresse sur la colline, rapidement mise à terre lors d’une révolte locale. Au XVIIème siècle, surgit à sa place l’église actuelle, agrémentée à la fin du XIXème siècle d’une horloge et d’un orgue, célèbres pour avoir accueilli les doigts agiles de Felix Mendelssohn.

Ringgenberg (2’700 habitants) s’étend en un vaste bourg, où s’entremêlent harmonieusement maisons en bois de tout âge. Seule ombre au tableau, la route cantonale qui le traverse de part en part, néanmoins égayée par de splendides demeures.
L’architecture en maçonnerie se fait rare, laissant place au bois qui, dans une humble proximité avec la terre, compose l’essence même de ces habitations. Certaines demeures arborent encore fièrement leurs façades de bardeaux ou leurs ornements en bois sculpté.

Dans cette région, l’aménagement territorial s’inscrit dans une rigueur sans faille. Le paysan bernois voue une fierté particulière à ses habitations, privilégiant le bois pour les nouvelles constructions, dans l’espoir de perpétuer le charme des maisons d’antan.

Logements sur la Via Jacobi

 

Pilgerherberge, Dorfstrasse 4, Brienzwiler ; 076 473 90 93 ; Gîte, repas, petit déj.
• B&B Brienzwiler, Kreuzgasse 3, Brienzwiler ; 033 951 01 23/079 517 64 48 ; Ch. d’hôte, petit déj.
• Chr. Abplanalp, Eichhof, Brienzwiler ; 033 951 14 51/ 079 434 43 70 ; Ch. d’hôte (paille), repas, petit déj.
• Hotel Bären, Brunigstrasse 42, Brienzwiler ; 033 951 13 23 ; Hôtel, repas, petit déj.
• Landgasthof Alpenrose, Dorfstrasse 27c, Hofstetten bei Brienz ; 033 951 14 10 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Silvia Fuchs, Scheideweg 19d, Hofstetten bei Brienz ; 033 951 14 18 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Jugendherberge, Strandweg 10, Brienz ; 033 951 11 52 ; Auberge de jeunesse, repas, petit déj.
• Campingplatz Aaareg, Seestrasse 22, Brienz ; 033 951 18 43 ; Bungalow, repas, petit déj.
• B&B Flühmann, Rosenweg 5, Brienz ; 033 951 26 01 ; Ch. d’hôte, petit déj.
• Brienzerburli, Hauptstrasse 1110, Brienz ; 033 951 12 41 ; Hôtel, repas, petit déj.
• Hotel Brienz, Hauptstrasse 254, Brienz ; 033 951 35 51 ; Hôtel***, repas, petit déj.
• Hotel Seehotel Bären, Hauptstrasse 22, Brienz ; 033 951 24 12 ; Hôtel***, repas, petit déj.
• Seehotel Sternen, Hauptstrasse 22, Brienz ; 033 951 35 45 ; Hôtel***, repas, petit déj.
• Hôtel Weisses Kreuz, Hauptstrasse 143, Brienz ; 033 952 20 20 ; Hôtel***, repas, petit déj.
• Stauffer Sonja, Grauechstrasse 7, Oberried ; 033 849 15 21/079 525 43 34 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Urs & Elsbeth Streuli, Untergasse 18, Oberried ; 033 849 14 44 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Panoramastudio, Panoramastrasse 4, Oberried ; 078 952 10 21 ; Studio, cuisine, petit déj.
• Hôtel Rössli, Hauptstrasse 35, Oberried ; 033 849 11 54 ; Hôtel, repas, petit déj
• Hôtel Bellevue, Hauptstrasse 32, Niederried ; 079 123 45 67 ; Hôtel, petit déj
• Camping Talacher, Ringgenberg ; 033 822 11 28 ; Bungalow, petit déj.
• B&B Leuchtturm, Hauptstrasse 172, Ringgenberg ; 079 359 98 35 ; Ch. d’hôte, petit déj.
• Hotel Bären, Hauptstrasse 128, Rnggenberg ; 033 822 19 31 ; Hôtel**, repas, petit déj.
• Hôtel Brienzersee, Beudenstrasse 49, Ringgenberg ; 033 822 29 42 ;
• Hôtel Seeburg, Seeburg 55Ringgenberg 033 822 29 61 ; Hôtel**, repas, petit déj.

Il n’y a pas de grandes difficultés de trouver un logement sur cette étape, Même si Ringgenberg n’est qu’un gros village, on trouve à se restaurer facilement. Réservez tout de même par sécurité.

N’hésitez pas à ajouter des commentaires. C’est souvent ainsi que l’on monte dans la hiérarchie de Google, et que de plus nombreux pèlerins auront accès au site.
Etape suivante: Etape10: De Ringgenberg à Spiez
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