Etape 10a: De Conques à -Livinhac-le-Haut par le GR65

Retour vers le Lot et ses calmes méandres

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Nous avons déjà quitté le Haut Rouergue et ses vallées verdoyantes pour la vallée du Lot, mais notre chemin est encore pour quelques jours dans le nord de l’Aveyron, au milieu des hêtres, des chênes et des châtaigniers. Les pentes boisées, les bocages et les herbages entrecoupés de ruisseaux font progressivement laisser leur place à des espaces plus ouverts avec des terres assez pauvres, où le charbon domine.

Nous sommes toujours en Aveyron, longeant la vallée du Lot sur les hauteurs, direction ouest.

 

 

 

 

 

Donnons ici un petit aperçu du département de l’Aveyron que nous traversons dans sa partie Nord. Après avoir passé l’Aubrac et la région du Vallon, où nous étions à Conques, aujourd’hui le chemin remonte la vallée pour redescendre sur le Bassin houiller de Decazeville. Puis, il gagnera les Causses du Quercy via Livinhac et Cahors. Le pays de Conques, placé entre le bassin de Decazeville et la vallée du Lot, est un ségala dont les sols acides étaient synonymes autrefois de seigle, de châtaigniers et de landes. Depuis, les cultures ont progressivement évolué. Ici, l’enchevêtrement des couches géologiques, entaillées par le Lot et le Dourdou donne une grande variété de roches. Si les schistes et les granites composent l’intérieur de ce plateau ondulé, on voit aussi des calcaires et des grès qui créent des effets de rouge ou de jaune sur le vert des prairies. Dès lors, dans la région, les villages sont faits de schistes ou de granites gris, de grès rose ou de calcaire jaune.

Le bassin houiller de Decazeville fut l’un des principaux de France. Pendant la Grande Guerre, plus de 15’000 salariés y extrayaient le charbon, le produit d’accumulation et de fossilisation des déchets végétaux. Ici, les mines datent de 1828, mines qui s’étendaient sur un périmètre de 50 kilomètres carrés. Au début des années 1960, le bassin minier connut une grève retentissante. Plus de 1500 mineurs restèrent plus de 2 mois au fond. La dernière mine fut fermée définitivement en 2001.

L’étape du jour est devenue plus ambiguë, car il y a deux chemins, le GR65 et le GR6, qui parfois se confondent, parfois s’entrecroisent. Ces dernières années, le GR65 et le GR6 se sont juste inversés!! Nous reviendrons dans un prochain chapitre sur cette histoire. Aujourd’hui, nous suivrons le GR65, ce que fait la majorité des pèlerins, car quand on leur dit Chemin de Compostelle, ils vont presque à tout coup sur le GR65. C’est une étape difficile, mais les pèlerins qui ont déjà plusieurs jours de marche derrière eux, passeront l’épreuve sans problème. Comme l’étape est longue, et en conséquence, certains pèlerins coupent la poire en deux, en faisant halte à Decazeville. Aucun pèlerin ne dira que cette étape est l’étape la plus excitante du Chemin de Compostelle. Loin de là!

Les dénivelés aujourd’hui sont très importants (+763 mètres/-849 mètres). En fait, c’est une des étapes avec le plus de dénivelés du GR65. L’étape d’aujourd’hui est pénible dans sa première partie, puis avant d’arriver à Livinhac. Il faut sortir du vallon de Conques pour gagner le bassin de Decazeville, avec plus de 300 mètres de dénivellation. C’est avec la montée de Briffoul et celles d’Escluzels et de Roncevaux, le parcours le plus pénible du GR65, peut-être le plus éprouvant. Par la suite, l’essentiel du parcours se résume à une grande balade sur la route jusqu’à Decazeville. Par endroits, la descente est sévère. Finalement, une montée assez longue et rude jusqu’à St Roch, se termine en descente vers Livinhac-le-Haut, au pied du Lot.

Dans cette nouvelle donne du GR65, vous allez aimer le goudron, pour sûr! Vous plaisantez, diront les organisateurs du chemin! Ce n’est pas du goudron, c’est une bande d’herbe ou de terre le long du goudron:

Goudron: 16.3 km

Chemins: 8.2 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, encore 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous “estimez” l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-conques-a–le-haut-par-le-gr65-42542373

Section 1: Une sévère montée en passant par la belle chapelle de Ste Foy.

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours très exigeant, avec près de 2 km de montée, avec souvent des pentes nettement supérieures à 15%.

 

A Conques, les touristes se massent surtout près de l’abbatiale, mais au matin, il n’y a presque que des pèlerins ici. Le GR65 sort par la rue Charlemagne en passant la porte du Barry. Autrefois, la cité était dotée d’une enceinte flanquée de tours et de 4 portes. Il ne reste plus que deux portes, dont celle-ci.

Dès la descente au bas du village, sur la rue Charlemagne, une ruelle pavée et fortement pentue qui peut être très glissante, les touristes s’évanouissent dans la nature. Là, il n’y a plus d’échoppes ni de bazars. Finis les talons à aiguille sur le parvis de l’abbatiale. Il n’y a plus que des gros souliers qui avancent dans la solitude vers le pont.
Cette partie basse du village est tout aussi belle que celle du haut, peut-être plus authentique, avec ses solides maisons de pierre accrochées à une pente, qui sur le bas de la descente est voisine de 20%. Seuls les touristes désireux de jeter un coup d’œil au Pont romain s’y aventurent.
Devant vous, le chemin se dessine raide, ce qui annonce une montée assez sévère. Et ce n’est pas peu dire. C’est plus de 1 kilomètre de dure montée, pour passer de moins de 300 mètres à plus de 500 mètres d’altitude en passant par la petite chapelle Sainte-Foy. Le petit sentier monte sur les schistes, au milieu de la végétation luxuriante des feuillus et des fougères.
Les petits châtaigniers noueux ont pris le pouvoir ici. En automne, vous marcherez sur un tapis de feuilles et de coques, un terrain de jeu glissant à souhait.
Quand les bancs de schistes se font plus rares alors la terre glaise qui colle aux semelles par temps humide prend le relais. Il n’y a pas que des châtaigniers ici. Quelques hêtres, dont de nombreux rejets, surgissent au milieu des herbes folles et des fougères fanées de l’automne.
Plus haut, le chemin croise une petite route, où aucun véhicule ne passe. Une première petite halte peut-être pour reprendre son souffle.
C’est à la fois beau et angoissant de deviner le nombre de virages à gravir jusqu’à la chapelle, pour garder le pied sûr et ne pas glisser par mauvais temps sur les grosses pierres qui affleurent, parfois comme des rasoirs, parfois comme des grosses semelles. Et que dire de la pente? Rien, si ce n’est serrer un peu les dents.
A mi-côte, la chapelle De Ste Foy est là dans son écrin de verdure. Lorsqu’on sonne la cloche à l’intérieur de la chapelle, celle de l’abbaye lui répond. Mais pas toujours! Allez, presque jamais! De là-haut, le panorama sur Conques est pour tout dire exceptionnel. Aucun pèlerin ne passera ici tout droit. Cela permet tout de même de reprendre son souffle pour de bon.
Car la montée n’est pas terminée pour autant, loin de là. Le chemin continue dans la forêt, toujours aussi caillouteux, mais un peu moins pentu, tout de même à près de 20% de pente parfois.
C’est toujours pendant longtemps le même menu, de la pente, des schistes, des racines au milieu du chemin et des châtaigniers à la pelle. Ils sont parfois si denses qu’ils poussent en rejets groupés.
Plus haut, le chemin sort progressivement de la forêt, mais la pente ne diminue pas pour autant.
Le chemin traverse alors les schistes lustrés au milieu des bruyères.
Si vous passez ici un jour de beau temps en automne, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, la forêt peut s’ouvrir alors sur un spectacle qui peut être hors du commun, magique, lorsque les premières brumes envahissent le vallon de Conques. Les fougères dorées, les callunes, les bruyères, les genêts, les mousses rivalisent d’audace pour peindre des tableaux impressionnistes saisissants.
Le chemin traverse alors la butte dans les fougères, sous les châtaigniers. Il y a même des chênes et des pins sur ces sols pauvres.
Plus haut, le chemin trouve sous les grands châtaigniers et les frênes une place de pique-nique et débarque alors sur une sorte de plateau découvert montant en pente douce, jusqu’à atteindre la bifurcation du GR 65 et du GR6.
Aujourd’hui, nous suivrons le GR65, l’ancien GR6, mais nous décrirons le GR6 plus tard dans une étape parallèle.

Un large chemin de terre s’en va alors sur le plateau pour rejoindre une petite route.

A partir de ce point, c’est la route jusqu’à Noailhac, la froide monotonie du goudron. Par endroits, les gentils organisateurs du nouveau GR65 ont mis une bande de gravillons pour faire croire au pèlerin que ce n’est pas la route. Mais marcher sur du goudron ou des gravillons, qu’est-ce qui change? Pour ainsi dire, aucun véhicule ne passe ici. Le regard ne peut que se poser sur quelques vaches qui broutent dans les prés.
La route monte sans discontinuer, mais en pente douce, pour trouver la D606, une route départementale, mais le trafic reste faible.

 

Section 2: Un passage par Nohailhac.

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans grande difficulté, avec parfois quelques pentes plus prononcées pour monter à la chapelle St Roch.

A la bifurcation de la D606, la route passe devant la grande ferme de Puech Long.
Puis, c’est à nouveau la monotonie du ruban d’asphalte. Les paysans on dû céder ici un bout de terre pour laisser passer le chemin au bord de la route. Ici, il n’y a que les vaches pour apporter un peu de chaleur. On voit surtout des limousines, parfois quelques Aubrac ou des charolaises dans les prés. Les cultures sont portion congrue.
Dans ce paysage uniforme où poussent parfois quelques chênes, la route arrive au sommet de la colline.
La route dodeline un peu sur la crête avant de descendre légèrement sur Noailhac.
Au-dessus du village, le GR65 se trouve un chemin raide pour éviter un virage de la route.
La route descend alors en pente soutenue vers le village. Elle passe devant l’église St Jean-Baptiste, reconstruite au XVIIIème siècle.
Le nom de Noailhac dérive du latin novalis qui signifie “terre nouvellement défrichée, jachère”. De nombreux villages en France portent le même nom. Il y avait ici une grande foire de bétail, qui attirait les éleveurs et les marchands de la région, et même des départements voisins. Mais le village est à l’écart des grands axes de circulation. Et cette notoriété fondit et disparut avec le temps.

Aujourd’hui avec le passage du nouveau GR65, le village (170 habitants) a repris un peu plus d’activité qu’auparavant quand y passait seulement la variante du GR6 et les pèlerins prennent souvent d’assaut le bar-restaurant et l’épicerie.

Le GR65 traverse puis monte par la route au-dessus du village. Ici débute un Chemin de Croix, qui date de la première moitié du XXème siècle, et se compose de croix en ciments, ornées au centre de croix en bois. Le Chemin de croix va se perpétuer jusqu’à la Chapelle St Roch au-dessus du village.
Plus haut, la terre battue remplace le goudron.
C’est alors un chemin très rocailleux qui grimpe entre 10% et 20% de pente, le long des croix du calvaire, sous les châtaigniers et les chênes.
La montée s’achève au bout du chemin de Croix, à la hauteur de la chapelle St Roch, au bord de la D580, la départementale qui sillonne la crête de Decazeville.
La chapelle St Roch a été érigée au siècle passé par souscription des gens de la région. On y fait encore des pèlerinages.
A partir d’ici, il faudra vous y faire, c’est à nouveau la route. Pour varier le plaisir, la bande étroite passe parfois à droite, parfois à gauche de la route.

 

Section 3: Tout se décide près de la buvette.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté, si ce n’est un crochet plus difficile juste avant la buvette de Fonteilles.

Sur la route qui sillonne les prés avec parfois un bouquet de chênes et de châtaigniers, il y a parfois de petites routes secondaires qui vont vers des hameaux grands comme des mouchoirs de poche ou que l’on ne devine pas.
Ici, un petit talus. Alors vous aurez le sentiment de quitter la route. Mais, ce n’est que très passager. Après 100 mètres, revoici la route.
La route passe bientôt à La Croix du Pargadou. Ici, il y a un belvédère où vous pouvez vous refaire la géographie du monde. Nous sommes à 643 mètres d’altitude, et si vous passez à Decazeville, vous allez descendre plus de 400 mètres.
Plus loin, la route passe à un grand carrefour de routes, toutes secondaires.
Peu après, près d’une croix, le GR65 quitte un peu la route. C’est alors le plaisir passager de retrouver la terre battue sous les chênes et les châtaigniers, qui ici ont presque des allures de bouleaux.
Mais cela ne dure guère plus de 300 mètres, et revoilà la route pour plus d’un kilomètre, avec parfois quelques cultures, parfois des pins au milieu des chênes et des châtaigniers.
Mais voilà que tout à coup tout bascule. Un petit panneau au bord de la route montre la direction de Fonteilles, à l’opposé du village qui se trouve du coté droit de la route. Cela sent l’arnaque.
Les organisateurs du nouveau GR65 ont peut-être voulu nous prouver qu’ils disposaient aussi de petits chemins de traverse. Alors, ici, le chemin descend dans les chênes et les châtaigniers, avec une pente voisine de 20%, pour aller visiter un petit ruisseau sans nom.
Le chemin remonte du ruisseau, presque aussi raide que celui de la descente.
Peu après, le chemin retrouve la route, près de Fonteilles, qui est bien à droite de la route. On s’est fait un petit effort, pour rien, mais peut-être bon pour la santé.
Alors revoici à nouveau la route et peu après la buvette hétéroclite de Fonteilles. Quand nous sommes passés par ici en automne, il n’y avait pas de buvette, juste un point d’eau.
Encore quelques centaines de mètres sur la route insipide, et le chemin arrive à un point névralgique, stratégique, on le dira ainsi. C’est le lieu de rencontre des GR65 et GR6.

Ici, il y a un panneau de directions complètement farfelu. Personne n’a l’intention de retourner à Conques que ce soit par le GR65 ou le GR6. Ce panneau n’a de sens que pour les gens qui font le chemin à l’envers.

Le seul panneau ici est celui qui précise la situation des chemins. Certaines mauvaises langues prétendent que ce panneau a été posé là pour encourager les pèlerins à gagner les logements de Decazeville. Qui sait? Si on continue sur la route, on peut rejoindre directement Livinhac-le Haut, par le Chemin des Crêtes. Mais le panneau le précise bien, c’est avant tout du goudron. Oui, d’accord! Mais, le trajet se fait sur une route ondulante, où il n’y a ni grande descente ni grande montée. Par contre, sur le GR65/GR6, il y a un peu moins de goudron, dit le panneau. Ce n’est pas toute la vérité. Car rapidement le chemin à travers champs va aussi se transformer en route goudronnée. La seule différence ici est que la route n’est pas une route départementale. Mais, ce qui différencie les deux options est avant tout question de dénivelé. Sur le GR65/GR6, le chemin descend jusque dans la plaine à Decazeville pour remonter, raide, à St Roch et redescendre sur le Lot. Alors, choisissez! Soit, vous êtes un vrai pèlerin qui ne déroge pas aux règles du vrai chemin (mais il n’existe aucun “vrai”chemin de Compostelle), soit, vous êtes pressé de gagner Livinhac -le Haut, et vous suivez le Chemin des Crêtes qui passe par Agnac et rejoint le GR65/GR6 près de St Roch.

Ici, n’hésitez pas, prenez le Chemin des Crêtes, à savoir continuez la route vers Agnac. Mais, comme notre objectif est de décrire le Chemin de Compostelle, nous suivrons pour vous le chemin.

Sur le GR65/GR6, que l’on dénommera à nouveau GR65, le chemin suit la crête. Comme promis, c’est un vrai chemin fait de terre et d’herbe qui ondule à travers prés et champs, le long des haies.

 

Section 4: Une descente interminable vers Decazeville, dans la plaine.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: sans grande difficulté, car c’est de la descente, surtout sur la route, avec près de 250 mètres de dénivelé sur le tronçon.

Le chemin suit alors la crête. En dessous se déroule la longue plaine du bassin minier de Decazeville.

Sur la crête, ce n’est pas un paysage de belles prairies. Cela ressemble plutôt à une sorte de steppe, avec quelques chênes, des broussailles et des fougères rôties par le soleil

Plus loin, après être passé devant un haras, le chemin se dirige vers un sous-bois où dominent les chênes.
Ici, les chênes ont connu un épisode de malheur.
Plus bas, le chemin trouve une petite route où transite un autre GR.
Puis, à travers la steppe, le chemin gagne le bout de la crête.
Jusqu’ici, nous n’avons pas perdu beaucoup d’altitude depuis la jonction du GR65 et du GR6, mais cela va changer. Un petit chemin, au début tortueux et caillouteux, amorce une descente soutenue dans les herbes folles sous les chênes.
A la sortie du sous-bois, il rejoint la civilisation, enfin c’est une manière de dire, sur les hauts de Laubarède.
Après une descente très soutenue dans les prés, le long des fermes isolées du hameau, le GR65 rejoint la route.
Dès que la civilisation réapparaît, et c’est un grand mot, du côté de Laubarède, c’en est fini du joli petit chemin, de la terre battue et des petits cailloux. Vive le goudron! Jusqu’à Decazeville et même plus loin. En fait, depuis ici, c’est une longue descente vers Decazeville, par paliers. La descente n’est pas vertigineuse jusqu’à Viviole, avec parfois des replats.
Au début, la route descend en pente soutenue pour passer près du hameau de Le Plégat.
Pour rejoindre Decazeville, c’est interminable, et le mot n’est pas fort. Un peu plus loin, c’est Fromentels. Il n’y a pas grand chose à faire, si ce n’est voir quelques rares vaches dans les prés, ou compter les chênes au bord de la route, et les châtaigniers qui se font plus rares. De l’autre côté de la colline passe, quasi à plat, la route des Crêtes.
On a le sentiment que jamais on ne rejoindra Decazeville, en traversant des campagnes sans fin. Ce n’est pas le paysage qui crée la lassitude, c’est le goudron, qui allonge le chemin.
Puis, dans une trouée, le regard analyse vite la situation. Les toits de Decazeville sont toujours éloignés en dessous de la crête. Et Decazeville est une cité très étendue.
La route descend toujours, en pente parfois très soutenue, passe près du hameau de la Gaillardie, où on voit aussi des pins.
Plus bas, la route passe au hameau de La Combe.

 

Section 5: Chez les anciens mineurs avant la montée sévère de St Roch.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: des pentes sévères autant en descente vers Decazeville que pour remonter sur la colline de St Roch.

Après La Combe, voici que la route se met encore à remonter, direction Viviole. D’abord en pente douce…
…puis en pente plus soutenue.
Au sommet de la montée, on trouve un grand parc avec un point d’eau, un parc jadis dédié à Gustave Moreau, peintre et sculpteur local. Plus aucune mention n’est faite ici à ce peintre, qui a peint un magnifique Chemin de Croix dans l’église de Decazeville (allez-y). Mais au point d’eau, si vous y faites une pause, vous verrez défiler les voitures qui amènent les chiens pour un peu d’éducation canine.
Ici, nous sommes arrivés à Viviole, à la fin de cette traversée interminable de la crête surplombant Decazeville. Un logement est disponible.
C’est à Viviole seulement que s’amorce la descente sévère sur le goudron vers les hauts de Decazeville. Au départ, c’est avant tout une route qui traverse la campagne sous les chênes et les frênes.
Plus bas, la route traverse des zones habitées, et la pente parfois monte à 20%. Tout ce bonheur, vous le retrouverez plus tard à la montée.
C’est au bas de la descente que la pente est la plus soutenue, quand la route rejoint les faubourgs de Decazeville.
Decazeville est une ville coupée en deux par la grande départementale qui va de Figeac à Rodez. Le GR65 ne va pas au centre-ville, il reste confiné à la partie mineure de la ville, du côté de la départementale voisine des collines. Decazeville compte aujourd’hui 6’000 habitants. Elle fut bâtie au XIXème siècle en raison de la présence d’un gisement de charbon par le duc Decazes, fondateur des mines et de la ville. En 1892, la première grande exploitation française de houille à ciel ouvert fut baptisée “La Découverte”, une mine qui rayonne sur un kilomètre de diamètre, avec 200 mètres de profondeur. Le chemin de Compostelle n’y passe pas, mais la mine est encore visitable à partir de belvédères, au sud de Decazeville. Comme les mines ont disparu, il reste hélas dans la région de nombreuses visions terribles d’un monde à jamais fini, dont la rouille et les maisons éventrées signalent encore la présence. Decazeville abrite cependant un musée de géologie, le musée Pierre-Vetter, témoin de cette période glorieuse pour le développement de la région. La cité essaie de se retrouver un second souffle.

On peut se restaurer et se loger à Decazeville. Mais peu de pèlerins y font halte. On ne comprend encore pas pourquoi, on a fait passer le Chemin de Compostelle par ici, puisque le chemin ne va même pas dans la ville. N’oubliez pas que vous pouvez court-circuiter ce grand détour en prenant la route des Crêtes.

Alors aujourd’hui repartons d’ici un jour de beau temps, par les petites rues périphériques de Decazeville.

Le GR65 reprend rapidement de la hauteur après avoir transité près d’une halte à disposition des pèlerins à la sortie du bourg. Il s’engage pour une montée exigeante sur la route de Nantuech.
La route virevolte avec délice, le long des villas sur la hauteur. Ici, un propriétaire a mis à disposition des pèlerins le robinet d’eau, car il sait que la montée sera rude.
Il y a de nombreux passages dans la première partie de la montée où la pente frôle 20%, voire plus. La montée de St Roch, cela se mérite.
A mi-côte, on reprend son souffle, car la pente se calme et la route redescend même un peu le long des villas des deux côtés de la route.
Mais, cela ne dure pas. La route reprend un peu d’altitude, mais de manière raisonnable jusqu’à atteindre le Chemin de Boutigou.

 

Section 6: Descente sur le Lot.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: encore un peu de pente jusqu’à St Roch, puis ondulations légères avant des pentes souvent marquées dans le sous-bois, vers le Lot, puis quelques pentes pour gagner le centre de Livinhac.

Sur le Chemin de Boutigou, les villas cèdent peu à peu le pas à la campagne, le long des haies et des sous-bois. Et la pente se redresse à nouveau, à plus de 15% jusqu’à rejoindre une petite croix à deux pas de St Roch. Ici, la montée rude s’achève. Nous avons tout de même pris près de 150 mètres de hauteur depuis Decazeville.
La petite route arrive alors rapidement à St Roch, au sommet de la côte. La petite église est assez récente. Datant de la fin du XVIIIème siècle, elle fut agrandie par la suite. On trouve à se loger en face de l’église. C’est par ici que vous arriverez si vous avez suivi la route des Crêtes.
La route traverse alors en descendant un village qui s’étend tout en longueur avec des maisons isolées au bord de la route.

En dessous de la colline, c’est la vallée du Lot.

Puis, la route ondule à nouveau le long des haies de chênes et de châtaigniers.
Elle atteint bientôt Pomayrols, où le bon Saint veille sur les pèlerins qui passent. C’est aussi ici que le pèlerin va quitter pour 1 kilomètre la route qui l’a sans doute hanté toute la journée.
Plus bas, le chemin s’enfonce dans la forêt dense sur une pente soutenue. Alors reviennent en force les châtaigniers, les hêtres et les chênes.
Le chemin se tortille assez longtemps dans les arbres en pente soutenue avant avant d’apercevoir le Lot coulant dans la plaine au pied de Livinhac-le-Haut.
Nous franchissons le Lot, juste avant d’arriver à Livinhac-le-Haut. On pourrait rester des heures à voir couler le fleuve. Il est si tranquille qu’il est virtuellement impossible de dire dans quel sens l’eau coule. Mais, le site est vraiment grandiose.
Le Lot forme ici un grand méandre au creux duquel se niche le village. Malgré le qualitatif de Haut, il n’est à peine guère plus haut que le Lot. C’est juste pour le démarquer de Livinhac-le-Bas, un peu plus bas dans la vallée. Livinhac-le-Haut se perche sur une colline avec de nombreuses vielles maisons dans des ruelles parfois étroites. Le GR65 monte alors progressivement vers le centre du village. De nombreux gîtes sont présents dans les rues en pente du bas du village. Personne ne saura vous dire ici pourquoi le Chemin de Compostelle a pris de l’extension à Livinhac-le-Haut et non à Decazeveille.
Le cœur du dispositif est la fontaine communale au pied de l’église sur la Place du 16 juin, là où s’agite la vie communale avec les petits commerces du village.
Le cœur du dispositif est la fontaine communale au pied de l’église sur la Place du 16 juin, là où s’agite la vie communale avec les petits commerces du village.

 

Avant de passer à l’étape suivante, vous pouvez jeter sur ce site (Étape 10b) un coup d’œil au même trajet le long du GR6. Certes, les deux parcours possèdent des parties communes, mais, sur le GR6, c’est avant tout du chemin jusqu’à la buvette de Fonteilles. Par la suite, GR65 et GR6 sont identiques.

Gastronomie locale

 

Une grande spécialité de la région de Decazeville, du Lot et du Dourdou est l’estofinado. La base de ce plat est la morue de Norvège séchée appelée stockfish. C’est un vrai paradoxe, l’Aveyron n’étant pas vraiment producteur de morue. 
Il faut remonter aux soldats de Louis XIV qui auraient introduits le stockfish en France après les guerres de Hollande.

 Le stockfish est arrivé en Aveyron via les bateliers qui remontaient sur le Lot depuis Bordeaux, alors port de négoce de la morue. Les bateliers le fixaient à l’arrière du bateau pendant une dizaine de jours. Ce qui permettait au poisson de se réhydrater. 
Les bateliers se restauraient à Linvinhac. C’est ainsi que l’estofinado est devenu le plat des mineurs de Decazeville.

L‘estofinado se rapproche de la brandade de morue, si ce n’est qu’il intègre des œufs et du persil à sa préparation. Le stockfish, c’est de la morue séchée, non salée. Pour le préparer, il faut au préalable, réhydrater le stockfish durant 4 à 6 jours. Si on utilise de la morue salée, il faut faire de même, en changeant plusieurs fois l’eau, pour la dessaler. Le jour même, on coupe la morue en morceaux et on la met à cuire 20 minutes dans l’eau froide. Dans l’eau de cuisson, on ajoute des pommes de terre épluchées et coupées en rondelles (la même quantité que la morue). Pendant ce temps, on pare le poisson en lui ôtant la peau et les arêtes. On fait cuire 4 œufs. Après avoir égoutté les pommes de terre, on écrase le tout à la fourchette en y ajoutant les œufs durs écrasés. On ajoute de la crème, de l’huile de noix tiède et on mélange. On incorpore encore, pour mieux lier un œuf cru entier, de l’ail et du persil haché. On sert l’estofinado bien chaud avec une salade.

Logements