Etape 16: De Cahors à Lascabannes par le GR65

Une première journée vers le Quercy Blanc

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Le Quercy Blanc est une sorte de plateau de basse altitude, creusé de petites vallées où coulent de petites rivières, guère plus larges que de gros ruisseaux, à la frontière du Lot et du Tarn et Garonne. La terre y est principalement calcaire, de couleur tirant sur le blanc, d’où son nom. Au départ de Cahors, c’est avant tout encore un pays de causse, où abondent les sous-bois et des embryons de cultures. Plus loin, on en aura terminé avec les causses et on pénétrera progressivement dans un pays de cultures agricoles. A partir de Cahors, le chemin de Compostelle va laisser peu à peu derrière lui les contreforts du causse du Quercy pour le Quercy Blanc. Le Quercy Blanc est localisé sur la ligne de partage des eaux entre les bassins versants du Lot et de la Garonne. Au contact des causses, le Quercy blanc se reconnaît surtout à la blancheur du sol et des murs de ses maisons, d’où son nom. Le Quercy Blanc s’étend entre les départements du Lot et du Tarn-et-Garonne.

Aujourd’hui, nous sommes encore dans le département du Lot. Le chemin file direction sud. Attention ici! C’est une étape où les logements ne sont pas en nombre. Réservez à l’avance.

 

 

 

 

 

Les paysages du Quercy Blanc sont structurés par la superposition de diverses couches de calcaires et de marnes, sur un plateau entrecoupé d’éperons et d’amples vallons, où la terre alluvionnaire est riche. C’est à cause de la présence de calcaires blancs comme craie que ce paysage a pris le nom de Quercy Blanc. Mais parfois, la géologie a aussi façonné des argiles rouges riches en fer.

Un large réseau de petits ruisseaux parallèles, avec de nombreuses ramifications, irrigue l’ensemble du Quercy Blanc. L’aspect physique du pays rappelle celui des plateaux caussenards, mais les paysages sont plus ouverts et le bâti plus présent. Aujourd’hui, les espaces naturels se présentent encore surtout sous la forme de prairies de fauche, de grands sous-bois couverts de chênes pubescents qui couronnent les plateaux. Le sentiment est que l’on n’a pas encore vraiment quitté les causses, et que l’élevage domine encore l’agriculture, du moins dans la première partie du voyage. Vous constaterez demain qu’en descendant demain en aval les proportions s’inversent entre les coteaux agricoles et les collines boisées. Allez, disons-le franchement. Ne vous attendez pas à une étape hors du commun.

Aujourd’hui, les dénivelés sont fort raisonnables (+453 mètres/-401 mètres). Certes, le parcours débute par une montée exigeante au-dessus de Cahors vers la Croix de Magne. Puis, la pente se calme et la suite de la journée n’est qu’une succession de montagnes russes que l’on traverse sans problème, avec toutefois une montée un peu plus marquée vers Labastide-Marnhac. C’est une étape facile, ce qui n’est pas toujours le cas sur le Chemin de Compostelle.

C’est une étape où les chemins de terre et d’herbe prennent l’ascendant sur le goudron, ce qui mérite aussi d’être signalé:

Goudron: 7.7 km

Chemins: 15.8 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, encore 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous “estimez” l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-cahors-a-lascabannes-par-le-gr65-30317756

Section 1: Une montée sévère au-dessus de Cahors à la Croix de Magne.

Aperçu général des difficultés du parcours: une sévère montée à la Croix de Magne après avoir traversé le Lot sur le Pont Valentré.

Depuis le centre-ville, la route arrive à cette petite merveille qu’est le Pont Valentré sur le Lot. “Il y a deux choses dans un édifice: son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde” (Victor Hugo, 1825). Certains vont même jusqu’à prétendre que les ponts ont été construits pour permettre aux pèlerins de franchir les cours d’eau.

À l’extrémité du pont Valentré, le GR65 grimpe en vingt minutes au sommet d’une des collines abruptes qui entourent la ville. Pour un hors d’œuvre, c’est plutôt sec, sur de gros escaliers de béton, scellés au milieu des rochers.

En montant, on voit progressivement disparaître le majestueux Pont de Valentré, qui illustre bien la puissance que devait posséder la ville au Moyen Âge, avec ses sept arches, ses trois tours pointues, ses parapets crénelés. En montant, l’œil se perd sur les nombreux ponts qui passent à mi-hauteur pour éviter Cahors encaissé dans une boucle du Lot.
Plus haut, la pente devient moins sévère sur un chemin de terre caillouteux qui monte sur la crête dans un bosquet où dominent les pins.
Au sommet de la crête, le paysage s’ouvre sur une plus vaste lande dans une végétation moins abondante. D’abord un champ de galets, puis la terre ici est presque du sable.
Le GR65 arrive alors au sommet de la crête, à 150 mètres de la croix de Magne.
Le détour par la croix de Magne mérite le détour, ce que ne font pas toujours les pèlerins, hantés par l’idée de ne pas respecter leur horaire de marche. La vue sur Cahors, prise dans la boucle bleue du Lot, y est magnifique. Le Pont de Valentré n’est plus qu’un nain jeté sur le fleuve, les coupoles de la cathédrale de petits bols pris dans les toits de la ville.
Hélas, sur le Chemin de Compostelle, le beau cède souvent rapidement sa place au banal. De petites routes goudronnées le long de petites villas sans grand caractère descendent en se tortillant de la Croix de Magne.
Alors, on traverse une série de petites routes dans la campagne…
… avant de descendre résolument, toujours sur le goudron, de l’autre côté de la crête, longeant la départementale D820, où la circulation est assez importante. Quand on arrive à Cahors par la route, on comprend vite que Cahors est au fond d’un vallon et qu’il faut y descendre. Au bas de la descente, le GR65 traverse une départementale sous un tunnel. Nous sommes à Sous Arbouis, en dehors de la ville.

Section 2: Dans la campagne et les sous-bois de chênes.

Aperçu général des difficultés du parcours: sans difficulté, si ce ne sont quelques pentes du côté de la Rosière. C’est surtout la descente sur le ruisseau de Bartassec qui peut être pénible sur les cailloux.

Sitôt passé le tunnel, le GR65 part quasi à plat sur le goudron dans les prés.
Pendant des kilomètres, le paysage ne change guère: des prés, encore des prés, au milieu des bosquets de chênes. Les graminées dont les dactyles, les fléoles et le raygrass jouent avec les légumineuses où s’épanouissent les trèfles, le sainfoin et la luzerne. A cette période, les herbes sont hautes et n’attendent que la récolte des foins.
Le chemin de Compostelle prend parfois pitié de la plante des pieds de ses adeptes. Alors, au lieu de suivre la route goudronnée, il offre une petite balade sur le flanc de la colline, vers La Rosière. Mais il n’est pas si généreux que cela! La pente est parfois sévère sur le large chemin caillouteux. On a beau scruter les haies pour dénicher ici un arbre qui n’est pas un chêne. A part les buissons et les chamilles, c’est presque vain comme exercice.
Au sommet de la crête, une petite route rejoint le petit village de la Rosière, ses maisons éparpillées et l’église au milieu du carrefour.
Et toujours ces belles croix dans les carrefours, toutes différentes, mais toutes similaires avec les vœux déposés par les pèlerins sur le chemin. Après le village, un large chemin de terre s’en va en légère montée dans les sous-bois de chênes. Quand on traverse le centre de la France, on s’aperçoit aisément que le chêne a pris le pouvoir et qu’il n’est pas disposé à laisse son trône à d’autres espèces. Seuls les châtaigniers, les érables et les hêtres parfois entrent en concurrence.
A la sortie du bois, le GR65 traverse la route goudronnée et se dirige vers Pech Gadal/Les Mathieux où on trouve à se loger et à se restaurer, sous les arbres d’une buvette, gage du plus grand bonheur.
Depuis Les Mathieux, un mauvais chemin descend sèchement dans les chênes au fond d’un vallon. Vive les petits chênes, la grande pente et les petits cailloux qui cisaillent les godasses!
Plus bas, la pente devient plus douce et les cailloux miraculeusement s’évanouissent presque.
Le chemin rejoint alors au bas de la descente la départementale D653.

 

Section 3: En montée vers  le plateau de Labastide-Marnhac.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: on prend tout de même près de 150 mètres de dénivelé ici, mais les pentes sont rarement excessives. .

Le chemin va ignorer la route et se contenter de cheminer parallèlement à elle dans les sous-bois. Un sentier de terre et d’herbe conduit vers les sous-bois.
Le chemin de terre va longer pendant longtemps le petit ruisseau de Bartassec, offrant une fraîcheur bienvenue sous l’aridité exubérante de chênes rabougris. Puis, le chemin grimpe légèrement dans les sous-bois et les clairières, le long de la D563 qui va à Montcuq. Le chemin est agréable, peu caillouteux ici.
Puis le chemin s’éloigne progressivement de la D653 pour transiter essentiellement dans le bois de chênes. Toujours en légère montée, dans les virages de Pouzergues.

A voir la couleur que prend le calcaire ici, on comprend pourquoi nous voyageons dans le Quercy Blanc.

Le chemin gagne un peu plus de hauteur dans la forêt. Au sommet de la crête, on voit même quelques résineux, signe que nous avons tout de même pris un peu d’altitude.
En sortant de la forêt, une route goudronnée passe par Les Granges et arrive à plat vers le village de Labastide-Marnhac, où on trouve à se restaurer et à loger. Dans tout cette région, les villages ne sont pas de gros villages, et ils sont souvent assez éloignés les uns des autres.
Ici, la pierre avec ses couleurs lumineuses, blanches ou grisâtres, signe l’identité des villages et des bourgs de la région. Même les poules semblent heureuses, cocoricant derrière les fenêtres de leur bâtisse.
Le GR65 sort de Labastide-Marnhac, où on voit même des vignes. Sur ces terrains plats, les grands crus ne doivent pas être légion. Ici, les croix de fer, où les pèlerins continuent de déverser leurs vœux sous forme de petites pierres, remplacent progressivement les croix de pierre que l’on observe sur le Chemin de Compostelle avant Cahors.

 

Section 4: Presque à  plat sur le causse.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Le GR65 transite quelque peu sur la départementale D7, avant de s’engager à nouveau sur un large chemin de terre qui part entre campagne et sous-bois. Le paysage devient assez monotone pour ainsi dire, et le pèlerin se met souvent à rêvasser en chemin, à espérer une surprise qui pourrait émerger de cette uniformité de vert.
 

 

 

 

 

Prêtera-t-il attention, chemin faisant, à une déviation qui permet de gagner Lhospitalet, où on trouve aussi à se loger? Il faut le signaler tant les logements sont rares sur l’étape.

Le large chemin de terre descend très légèrement vers le ruisseau de Aygues Mortes, que l’on devine à peine par temps sec. Il transite surtout en pleine campagne, où les prés dominent les champs. On baigne dans la mélancolie des prés de fauche, avec la nudité des croupes, où il ne demeure que quelques chênes au tremblant feuillage.
Puis, le chemin hésite entre les bosquets et les clairières, frôle un tumulus dressé par les pèlerins, glisse sous l’ombre rafraichissante des grands chênes.
 

 

 

 

 

Le chemin arrive alors au lieu-dit Trigodina, où un logement et un petit bar sont disponibles.

Depuis Trigodina, la monotonie s’installe encore plus, s’insinue en vous à traverser, quasi à plat, le long d’une large route de terre, sur de très nombreux kilomètres, une sorte de plateau aride, un causse avec une végétation fruste. Très peu de végétation, si ce ne sont les haies qui bordent la route et quelques rares prairies. Cela vous paraîtra interminable, et c’est vrai.

 

Section 5: La monotonie d’un causse qui n’est pas le plus beau de la région.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

On n’y voit point de rocs, de chaînes de montagne, que peu d’objets propres à inspirer l’étonnement. Les arbres sont plus bas, et le sous-bois envahi d’arbustes touffus le long de la route de terre, encore plus chaude sous le soleil. Pourtant, les hommes doivent venir ici de temps à autre pour cultiver une terre apparemment ingrate.
C’est toujours aussi plat, les paysages défilent, se succèdent, identiques aux précédents. La route de terre souvent se perd en d’interminables lignes droites. De ce morne causse, si bien dégagé de toute entrave en son isolement sur le plateau, l’horizon s’étend, solitaire, jusqu’à la voûte du ciel, tout au bout de la limite du regard.

Sur le chemin, il n’y a que des lieux-dits, mais aucune maison, aucune présence humaine, voire sans doute de bétail selon les saisons.

Très rarement, le chemin se rétrécit dans les chênes avant de s’élargir à nouveau. Où sont les moutons, les vaches que nous avons croisés auparavant sur les premières étapes du Chemin de Compostelle, en Aubrac et ailleurs? A l’intérieur, en attendant de faire les foins? On nous dit ici que l’élevage bovin est composé de vaches Blonde d’Aquitaine, élevées pour la viande et de Holstein pour la production laitière. Ah bon! Car on ne voir aucune ferme.
Et ce petit jeu de cache-cache le long de la steppe, d’une haie à l’autre, dure jusqu’à atteindre une petite bifurcation qui va à Cezac près du lieudit Pech del Clerc, là où apparaît depuis fort longtemps un premier signe de la présence des hommes, à 4 km de Lascabannes.

 

Section 6: Presque à l’extrémité des causses du Quercy.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Pourtant, le paysage ne change guère. Un large chemin de terre s’en va encore presque à plat à travers les bosquets de chênes et de rares prés. La terre est blanche, les cailloux aussi pour la majorité. Nous sommes dans le Quercy Blanc.
Nous approchons de Baffalie, des humains, enfin manière de dire, et le chemin se met à descendre vers le hameau.
Le GR65 redescend encore un peu sur le goudron avant de rejoindre une petite plaine. Ici, le paysage s’ouvre sur les prés et sur quelques champs cultivés.
A l’entrée de Lascabanes, le GR65 traverse le petit ruisseau du Verdanson.
Lascabannes est un petit village tranquille dans la campagne, comptant moins de 200 habitants. C’est depuis le Moyen-âge un village étape des pèlerins de Compostelle. Le presbytère, annexe de l‘église Saint Georges, sert aujourd’hui de gîte.
Comme les possibilités de logement ne sont pas nombreuses, de nombreux pèlerins continuent le chemin jusqu’à Montcuq, 9 kilomètres plus loin, ou avant, à Escayrac, en dehors du chemin, chez les sœurs.

Logements