Etape 18: De Lauzerte à Moissac par le GR65

A travers la campagne du Tarn-et-Garonne pour aller admirer une autre merveille du Moyen-Âge religieux

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Le Tarn-et-Garonne est un département complexe, mêlant à la fois des influences de la Gascogne, du Quercy, du Causse, des collines et des larges plaines alluviales du Tarn et de la Garonne, dans un pays où la mer a abondamment déposé marnes et calcaires. Ici, se rencontrent trois grandes rivières : le Tarn et l’Aveyron qui descendent du Massif Central, et surtout la Garonne, le majestueux fleuve en provenance des Pyrénées. C’est de leur rencontre que sont nées ces immenses plaines alluviales.

L’étape du jour se déroule en Tarn-et-Garonne dans cette région du Bas-Quercy qui jouxte la Lomagne dans le Gers voisin.


créé par Wikigraphists du Laboratoire de Graphique, France , Wikipedia

Les collines font la ronde autour des plaines. Ce sont des collines de basse altitude, ne dépassant guère 300 mètres d’altitude dans le Bas Quercy que nous traversons aujourd’hui. Plus au Nord, les terres plus lourdes, plus argileuses, ont favorisé la présence des bosquets, des pâturages et de la culture du maïs. De hauts coteaux se sont développés sur les rives du Tarn. Les sols d’alluvions, formés de limons, de sables, d’argile et de gravier sont riches, permettent l’expansion des polycultures, céréales et vergers. Des vergers immenses ont été plantés au siècle passé, dépassant parfois 200 hectares. Pommiers, pruniers, poiriers, pêchers, cerisiers, kiwis y font bon ménage. Sur les coteaux, les sols plus pauvres ont permis le développement des vignes.

Dans les constructions, la brique est la reine. On prend plaisir à admirer le jeu infini qu’elle apporte aux maisons, aux églises, aux châteaux, dans les variations de sa couleur et de sa chaleur. Mais, le moellon calcaire n’est pas de reste. On voit souvent des mariages heureux, où la brique dessine les entourages des fenêtres et des portes. Les tuiles canal rouges sont les maîtres des toits. Les bastides étaient au Moyen-âge une particularité du Sud-Ouest. Dans ces agglomérations, les paysans étaient libres et travaillaient pour le seigneur ou l’abbé. Le point central était la halle à grains au centre du village. De nombreux villages ont conservé des traces de cette organisation. En fin d’étape, le chemin arrive à Moissac, une vraie petite ville, belle par surcroit.

Les dénivelés aujourd’hui (+459 mètres/-595 mètres) ne sont pas importants pour une si longue étape. Au niveau des difficultés du parcours, c’est encore une journée assez tranquille, sur de légères montagnes russes, ne dépassant que rarement 10 à 15% d’inclinaison positive ou négative. Il n’y guère que deux côtes un peu plus raides, celle qui mène au Chartron en début d’étape, et le talus à grimper avant Aube Nouvelle.

Aujourd’hui, hélas, il faudra beaucoup marcher sur les routes:

Goudron: 16.0 km

Chemins: 10.7 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, encore 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous “estimez” l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-lauzerte-a-moissac-par-le-gr65-30434510/

Section 1: Vers la belle chapelle de St Sernin du Bosc.

Aperçu général des difficultés du parcours: en début, descente raide depuis la citadelle dans la plaine, et montée, parfois très en pente, parfois à près de 20% dans la forêt vers le Chartron.


Le GR65 descend sur le goudron de la citadelle de Lauzerte, en longeant la Grand Rue. Il croise un de ces ouvrages à ferrer les bœufs que l’on a tant rencontrés sur le chemin. Ici, le bois a remplacé la pierre. Mais, il y a belle lurette que les bœufs ont disparu des travaux des champs.

Le GR65 zigzague sur les petites rues du bas du village. Mine de rien, la descente est assez pentue, il faut le dire. On note presque 100 mètres de dénivelé pour rejoindre la plaine au-dessous.

Le GR65 traverse plus bas un petit sous-bois. A la sortie du sous-bois, le chemin descend encore pour traverser la départementale D953. Le chemin, en presque toutes occasions, sort des cités dans des nœuds routiers.

Voici que sur la route s’annonce le Lendou, une petite rivière avec de nombreuses ramifications qui baigne la plaine cultivée au-dessous de Lauzerte sur sa colline. Le chemin traverse un bassin de lagunage, l’ancêtre des systèmes modernes d’épuration, où la nature elle-même traite les eaux usées avant de les rejeter dans le milieu naturel. En se retournant, on peut encore admirer la belle Lauzerte perchée sur sa colline.
La route continue alors de monter près d’un petit étang, où les pèlerins ont laissé des signes de leur passage et de leurs convictions.

Sur un refrain bien connu, dès qu’un sous-bois pointe son nez, un chemin caillouteux se met à onduler et à monter. Ici, non plus, il n’y aura pas d’exception. Jusqu’au sommet de la colline entre chênes et bouleaux.

On peut alors jeter un dernier coup d’œil sur Lauzerte qui disparaît derrière les feuillages. Oui, Lauzerte est une belle ville.

Au sommet de la colline, le GR65 suit à plat une longue route goudronnée presque rectiligne entourée de chênes.
Au bout de la ligne droite, nous arrivons au lieu-dit Le Charton, qui se résume apparemment en une bâtisse et son très beau pigeonnier. Ces édifices, rectangulaires ou polygonaux, comprenant parfois plusieurs étages, doivent être nombreux dans la région. De nombreux circuits de randonnée y sont dévolus. On dit qu’il y a fort longtemps, la construction de ces tours étaient règlementée à l’usage des nobles, puis qu’elle s’est démocratisée. Certes, on élevait du pigeon pour sa chair et pour l’engrais tiré des excréments, mais cela présentait surtout l’avantage de souligner le prestige des propriétaires.
Du Chartron un large chemin caillouteux descend dans les chênes…
…jusqu’à rejoindre la tranquille chapelle de St Sernin du Bosc, nichée dans un vallon au joli nom de Combe du Miel. Cette chapelle romane est remarquable, avec son abside en cul de four, très peu modifiée au cours des siècles. Les croix qui recueillent les oboles symboliques des pèlerins ajoutent toujours une part de mystique à ces lieux de culte, un peu comme les pierres des temples japonais. La chapelle est classée monument historique. On y entre aujourd’hui côté cimetière. Un petit clocher mur abrite deux cloches superposées.

Section 2: Dans les blés du Tarn-et-Garonne.

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

On quitte la chapelle pour prendre de la hauteur, mais peu de temps, sur un raide chemin caillouteux qui s’enfonce dans le sous-bois…
…avant de redescendre, presque aussitôt, sur le petit lac de Martret, dans une symphonie de vert tendre.

Il suffit parfois d’un détour de chemin pour que le décor bascule. Pour quelques kilomètres du moins, la traversée des bosquets de chênes est pour ainsi dire achevée. Qui aurait pu imaginer que derrière le bosquet allait s’ouvrir un pays presque aussi vaste que ceux que l’on traverse dans le Kansas, toute proportion gardée, bien sûr! Vive la campagne du Tarn-et-Garonne avec ses champs de céréales, de tournesol et ses vergers.

Par légère brise, les épis de blé verts s’agitent et ondulent en de charmantes houles. Les champs de céréales sont si énormes qu’on a tout le temps d’assister à ce délicieux manège, d’autant plus que la semelle des souliers ne fait que caresser l’herbe rase au pied des champs.

Les coquelicots rouges, eux, semblent s’envoler au-dessus des champs. Depuis des temps immémoriaux, les coquelicots poussent à côté des blés, comme le font aussi le bleuet ou la nielle. En fait, un seul coquelicot peut produire jusqu’à 50’000 graines par saison. Ainsi, ses graines vont se mélanger aux grains de blé lors de la récolte et redonner des coquelicots aux prochaines semailles.

Un peu plus bas, un grand chêne monte la garde devant la grande ferme du Parry, où paissent quelques moutons, un peu perdus dans cet univers de céréales. Qu’il est rassurant de retrouver quelques formes, on dira plus vraies, dans l’austère majesté des champs, dans la rigueur géométrique et mathématique des alignements d’épis qui se courbent jusqu’à l’autre côté de la plaine.

Dans les champs de céréales, du blé surtout, les chemins courent assez souvent entre terre et herbe. Mais, la marche se passe aussi sur le goudron. Ici, même le goudron de la route ne suffit pas à modifier l’impression d’espace et d’infini de ces grandes cultures. Au printemps, vous rencontrerez ici de très nombreux champs apparemment en jachère. Regardez de près, la plupart sont cultivés. Ce sont les immenses champs de tournesol et de soja que l’on sème d’avril à fin mai, selon les variétés. D’ailleurs les épouvantails sont là pour décourager les oiseaux. Passez ici en septembre, les champs seront bruns ou déjà coupés.
Puis, le GR65 rejoint la départementale D57 en traversant la petite rivière de la Barguelonne, qui descend vers la Garonne.
A partir de la rivière, voici le genre de parcours que les pèlerins n’apprécient guère. Plus de 2 km à plat sur le goudron de la départementale D57. Certes, la circulation n’est pas effrénée, car le pays est peu peuplé. C’est dans ces conditions, que le pèlerin constate rapidement qu’il n’est pas seul sur le chemin. La route est si longue, que l’on peut à loisir mesurer la densité des pèlerins qui s’égrènent sur le chemin, devant et derrière soi.
Un peu plus loin, un petit panneau planté dans l’herbe annonce la délivrance et le retour dans les champs. Aussitôt, un chemin se fraye un passage dans l’herbe pour gagner le flanc de la colline, où s’étendent d’autres champs de céréales, des sous-bois et quelques prairies.
Il passe parfois en sous-bois, mais le plus souvent dans les champs de céréales et d’oléagineux. Il passe au lieudit Magaou. A l’horizon, on voit poindre les premiers arbres fruitiers du Tarn-et-Garonne. La présence humaine reste marginale.

 

Section 3: Dans les vergers du Tarn-et-Garonne.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: légères montagnes russes, avec une petite rampe un peu plus pénible avant Aube Nouvelle.

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Pour gagner le sommet de la colline, près de Mirabel, il faudra encore user un peu plus sa musculature sur le goudron. Ici, la terre se barre de grès rouge.
De Mirabel, le GR65 part à plat sur la route goudronnée quelques instants. Le sommet d’une colline annonce presque inévitablement une descente de l’autre côté du vallon. Ici, la présence du ruisseau de Bonnet est synonyme d’humidité. Aussi, le paysage change.
Le chemin redescend alors au fond du vallon. Au fond du vallon, le désordre des herbes hautes des prairies tranche avec la géométrie des champs alignés sur le coteau. Il en va presque toujours ainsi, lorsque le chemin descend, puis remonte du fond des vallons. Ici, on note quelques frênes, quelques bouleaux et des sorbiers.
Après avoir traversé le ruisseau de Bonnet, le chemin grimpe assez sèchement dans les herbes et les graminées de l’autre côté du vallon.
Au sommet de la colline, voici que la vie agricole organisée reprend ces droits. Le chemin touche le hameau de Bonnet, avec ses grands vergers où poussent les vignes de chasselas recouvertes de voile protectrice, les pruniers, les cerisiers et les abricotiers. Les vergers s’étendent à perte de vue sur des lignes infinies qui redescendent de l’autre côté de la colline. Le nombre d’arbres est parfois si grand, que de loin, ces lignes d’arbres ressemblent à des forêts.
Juste à deux pas, le GR65 arrive à Aube Nouvelle et ses maisons relativement récentes. Un logement est disponible ici. On peut aussi se restaurer.
Les vergers se succèdent alors, toujours aussi élégants, pour trouver le village de Durfort-Lacapelette, à quelques encablures, pour faire son plein de vitamines à l’épicerie-boulangerie du coin. Un gîte est disponible au milieu du village. Un autre se situe entre Aube Nouvelle et Durfort-Lacapelette, un peu au-dessus du village.

 

Section 4: Entre vergers, et sous-bois.

 

Aperçu général des difficultés du parcours:  parcours sans problème.

La route goudronnée sort du village sous les peupliers, mais le pèlerin n’y cheminera pas longtemps. Nous sommes dans un pays de collines et de vallons. Vous imaginez bien que le Chemin de Compostelle vous permettra d’admirer à loisir un nouveau vallon et de remonter sur l’autre flanc.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Le chemin plonge dans l’herbe, à la limite des sous-bois et dans les champs au fond du vallon. Plus on se rapproche du ruisseau, plus l’anarchie végétale augmente. C’est la vie que les paysans ont décidée pour ces endroits où ne passe pas le tracteur. Tant mieux pour le pèlerin peut-être, non?
Au fond du vallon, le chemin traverse le petit ruisseau de Lambenne et son joli petit lac. On ne soulignera jamais assez la présence réconfortante de ces plans d’eau sur le chemin, synonymes de plénitude pour le marcheur.
De l’autre côté du vallon, la pente est un peu prononcée dans la lande pour rejoindre le petit hameau des Tours.
A partir d’ici, la route goudronnée se profile à plat pendant de très nombreux kilomètres. Alors revoici les vergers alignés sur des kilomètres. L’homme a tendu ici ses toiles d’araignée pour piéger la gent volatile.

Les paysans ne cultivent pas leurs terres au hasard. La nature du sol et les divers essais tentés par leurs prédécesseurs dictent le choix. Dans le Tarn-et-Garonne, le sol est avant tout calcaire, mais certains sols sont plus lourds ou plus légers que d’autres. L’irrigation joue aussi un grand rôle.

La route traverse les vergers, les uns alignés aux autres, puis coupe la départementale D16.
Depuis là, la route se traîne alors assez longtemps entre prés et champs dans la plaine, avant de rejoindre St Martin-de-Durfort. Les vergers disparaissent peu à peu au profit des champs de céréales, de tournesol ou des prairies.
Et le jeu de l’alternance se passe jusqu’à atteindre le petit village de St Martin-de-Durfort et sa petite chapelle, construite de pierre et de brique, respectant l’agencement typique des vieux immeubles du département.

Section 5: Le long du ruisseau de Laujol.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: pentes un peu plus prononcées, parfois à plus de 15%, pour descendre au ruisseau du Laujol, et remonter dans la forêt vers Carbonières.

Depuis St Martin, le GR65 descend légèrement sur la route goudronnée durant de nombreux kilomètres, jusqu’à rejoindre, au milieu des champs de céréales et des prairies, le lieudit La Baysse.
Plus bas, la route descend alors un peu plus fortement jusqu’à rejoindre et traverser la départementale D16, sous les platanes.
Devant vous s’annonce alors un grand bois de chênes qui grimpe sur une colline. Le Chemin de Compostelle va y aller, c’est sûr. Un petit chemin de terre traverse alors le ruisseau de Laujol et remonte le ruisseau dans l’ombre des sous-bois, parallèlement à la départementale.
Un peu plus loin, le GR65 joue avec le ruisseau de Laujol, pour longer une petite route goudronnée, puis à nouveau la départementale, et retourner dans le sous-bois, qui, au départ, n’est que buissons et broussailles.
C’est ici que fleurit un parc automobile. De tous temps certains paysans, mais pas qu’eux, ont utilisé les abords de ruisseau pour y ranger leurs déchets. Voir ainsi la nature insinuer son feuillage à travers les portières des véhicules et une juste vengeance. La nature sait aussi se défendre.
Le chemin se plaît alors à remonter la colline, à musarder en serpentant longtemps dans les chênes et les hautes herbes.

 

Section 6: Entre vergers, et sous-bois.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

 

 

 

 

 

Plus haut, le chemin rejoint, près du lieudit Carbonières, une petite route goudronnée qui mène à la Chapelle d’Epsis. En montant sur la route, le chemin croise, au Tuc, le Poney-club de Moissac, qui faisait jadis gîte et buvette.

De là, le GR65 monte sans discontinuer, en pente douce, sur le goudron à la limite des sous-bois. Il y a même des pins ici, que les chênes, généreux, ont laissé pousser. La route qui mène à Epsis n’est pas un chemin couvert de roses. Pour les gens qui préfèrent la bande d’herbe étroite, le Chemin de Compostelle est aussi généreux, réservant un tel espace des deux côtés de la route.
A l’approche d’Epsis, la pente diminue. Revoici alors les beaux vergers et la campagne pleine.

L’église Notre Dame des Pins d’Epsis se dresse juste à côté de la route, classée dans la rubrique des Monuments Historiques, remontant à l’origine au XIème siècle. Un peu plus loin, un sanctuaire dédié à Marie a vu le jour après l’apparition de la Vierge à un enfant de la région dans les bois d’Espsis, dans les années 1950. Aucune indication géographique de ce lieu n’est indiquée sur le chemin pour y aller. Il y a sans doute une raison qui explique cela. Cette histoire reste très controversée par l’Eglise.

De l’église d’Epsis, la route descend doucement vers Moissac à travers la campagne et les vergers. Il est fort à parier que la terre ici doit être meilleure qu’ailleurs, permettant l’éclosion des fruits. Ici, les vignes donnant le célèbre raisin blanc de table, le chasselas de Moissac, sont encore largement absentes. Le raisin préfère les dorer au soleil au bord du Tarn. Le Tarn, on voit briller ses eaux à l’horizon dans la plaine.
La route se rapproche de Moissac. Un peu plus bas, dans une terre peut-être plus ingrate, les champs de tournesol et de soja prennent le relais dans le désordre des villas. Mais, dans la plaine en dessous on voit s’étaler les toiles des vergers et des maraîchers.

Section 7: En route pour Moissac, au bord du Tarn.

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

La route descend encore juste avant de retraverser le Laujol sur un petit pont dans les faubourgs de Moissac.
La transition est soudain brusque entre la paix de la campagne et des sous-bois et l’agitation croissante dans les faubourgs de la ville. A l’entrée de Moissac, le chemin passe d’un rond-point à l’autre, en longeant la D957, puis la ligne de chemin de fer. Sur le chemin, une variante permet d’éviter la banlieue de Moissac.
 

 

 

 

 

Sitôt la voie ferrée traversée, le GR65 arrive au centre-ville.

Moissac (12’500 habitants) est une petite ville en tout point charmante, près de la confluence du Tarn et de la Garonne. C’est seulement la deuxième ville que le pèlerin croise après Cahors, depuis le Puy-en-Velay. Et encore, c’est une petite ville, traversée de part en part par le canal des Deux Mers, au bas de la ville.
Un peu plus bas, le magnifique Pont Napoléon enjambe le Tarn au bas de la ville. Ici on a de la difficulté à voir dans quel sens coule le Tarn, la Garonne remontant ses eaux dans la rivière. Cela peut ressembler à un vieux pont romain. Que nenni! Ce pont, construit à la demande de Napoléon I lors de son passage à Moissac fut achevé en 1826 sous Napoléon II. Le quartier abrite le vieux port d’où partaient les bateaux chargés de céréales et de vin vers l’Amérique. Les anciens hôtels particuliers sont massifs. Une plaque commémorative rappelle qu’ici de nombreux enfants juifs furent recueillis durant la dernière guerre.
Le portail de l’Eglise Saint-Pierre, une ancienne église abbatiale du XIIème siècle, remaniée avec le temps, est un chef d’œuvre de la sculpture romane. Le tympan a servi de décor au célèbre film “Le Roman de la Rose ”, d’après le livre de Umberto Eco. Le clocher porche ressemble à une forteresse. Il faut lever sa tête dans le narthex à l’entrée de l’église pour prendre conscience de la hauteur de l’édifice. L’église, consacrée en 1063 par le pape Urbain II, a été modifiée dans l’esprit gothique de la région, avec ses ouvertures en arcs brisés.
Le cloître du XIème siècle, adjacent à l’église, est juste exceptionnel, un des mieux conservés en Occident. Il est surtout visité pour la finesse de ses 116 colonnettes de marbre et ses chapiteaux sculptés illustrant la Genèse, l’Enfance du Christ, ainsi que de nombreux thèmes floraux ou animaux.

Si vous n’êtes pas claustrophobe, ne vous privez pas de grimper l’escalier qui monte à la tour haute pour découvrir la ville et la vallée du Tarn. Bien évidemment, l’abbatiale ainsi que le cloître sont inscrits au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco depuis 1998.

Il faut avoir la curiosité de monter au-dessus de l’Ancien Carmel jusqu’au belvédère qui surplombe l’abbatiale et le cloître.
Le chemin grimpe sec, c’est sûr. Mais de là-haut, le grand cèdre du cloître, presque aussi haut que le clocher de la cathédrale, n’est qu’un gros buisson. Le panorama permet de se faire une idée de la plaine du Tarn au-delà du Pont Napoléon.

Gastronomie locale

 

Le chasselas de Moissac est une AOC depuis 1971. C’est un raisin blanc aux grains croquants, avec une pulpe rafraîchissante et un excellent goût sucré qui rappelle le miel. Selon la légende, Soliman le Magnifique offrit à François Ier des plants de chasselas, qui furent d’abord plantés au château de Fontainebleau. Ce raisin devint rapidement le dessert des rois. C’est en 1857 que la culture de chasselas démarre à Moissac. On venait ici faire des cures de raisin, ce qui valut à la ville un grand essor, où on construisit alors hôtels, restaurants et casino le long du Tarn.

Le nom  chasselas  vient de la commune bourguignonne de Chasselas, près de Mâcon en Saône-et-Loire, d’où est issu le cépage.
Aujourd’hui, 660 hectares ont droit à l’AOC, sur une zone qui s’étend du nord-ouest du Tarn-et-Garonne au sud du Lot, dans le Quercy.  On compte aujourd’hui 328 producteurs de chasselas, pour 3 000 à 4 000 tonnes produites chaque année. Le chasselas de Moissac n’est qu’un raisin de table. Il n’est pas vinifié, ce qui n’est pas le cas du chasselas de la Vallée de la Loire qui donne une partie du Sancerre, et celui des cantons du Valais et de Vaud en Suisse, qui fournissent une majeure partie des vins blancs de ce pays.

Logements