04: Moutier à Tavannes

Une très belle étape pour traverser le pays des “Bernois”

 

DIDIER HEUMANN, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Nous voici aujourd’hui dans le cœur du Jura bernois francophone, cette région, qui comme on le dit dans Astérix, résiste encore farouchement aux envahisseurs. Ces derniers parlent français et habitent le Jura voisin. Pourtant, ce sont tous des frères et des cousins, anciens germanisants du canton de Berne. A l’origine, les familles ne sont toutes pas de la région. Quand le Jura bernois a connu le grand essor du siècle passé, avec la montée en puissance des industries horlogères, le pays a été colonisé par des populations entières de ressortissants d’autres cantons, venant notamment des pays plus pauvres du Valais ou de Fribourg, pour la Suisse romande.

Dans le Jura, les gens votent avec le cœur plus qu’avec la raison. En fait, la question jurassienne a toujours été quelque chose de profondément émotionnel. Si vous interrogez les gens d’ici, les pro-bernois vous diront à coup sûr qu’il serait idiot de quitter un canton, qui “a tant fait pour eux”. La raison prend en compte l’hôpital, le nombre de fonctionnaires, toutes ces choses qui ont leur poids dans la société, et qui sont sans commune mesure d’un canton riche comme Berne à un canton pauvre, comme Le Jura. A Moutier, le point névralgique de la cause jurassienne, il y a eu de tous temps des bistros pro- et anti-bernois. Aujourd’hui que Moutier est apparemment rattaché au canton de Jura, les pro-bernois entrent-ils encore dans un magasin anti-bernois? Sans doute, mais les vieux, ce n’est pas si sûr que cela.

Pour les anti-Bernois, ce n’est en fait qu’un sens plus aigu de la liberté, de la germanophobie exacerbée. Comment sortira-t-on un jour de l’impasse, nul ne le sait. Certes, parmi toutes les variables qui permettent de comprendre la Question jurassienne, la langue joue un rôle important. Moutier est la région la plus francophone du Jura bernois. Elle a dit oui au Jura. Mais Champoz, par exemple, juste en dessous, où passe la Via Jura 80 compte plus de 80 % de germanophones. Pour elle, le message est nein.

Une autre variable est la religion. En 1815, ce sont avant tout des catholiques que l’on a transplantés dans un canton protestant, le canton de Berne. Au départ de l’histoire, ce sont des catholiques. Puis, le nombre de catholiques s’est multiplié avec l’arrivée des ouvriers des horlogeries, en provenance surtout de cantons catholiques. Sans doute que les catholiques sont plutôt pro-jura que pro-bernois. Mais est-ce si sûr aujourd’hui, où les églises traditionnelles se vident à une vitesse supersonique? D’ailleurs, un nouveau phénomène religieux apparaît dans la région. Ici fleurit une bonne dizaine de communautés “non officielles”, ce qui en fait l’une des régions d’Europe à la plus forte concentration d’églises évangéliques. A Tramelan, à deux pas de Tavannes, sur la même rue se regroupent la paroisse réformée traditionnelle, l’église évangélique baptiste, l’église évangélique et l’église catholique. Mais, on trouve aussi quatre autres communautés évangéliques, telles l’Armée du Salut, l’église pour Christ, l’église mennonite et les darbistes. Tout cela va permettre de mieux répondre la Question jurassienne, non?

Aujourd’hui, le choix est large pour traverser une grande partie du Jura bernois. Sornetan est le point névralgique de l’étape.

• La Via Jura 80, que nous suivons depuis Bâle, suit au début la Birse, franchit les Gorges de Court. A Court, elle quitte la rivière et remonte le long de la Forêt du Droit, vers Champoz. Elle continue de monter pour rejoindre la Via Jura 91, au lieudit Prés du Haut de la Charrière, à 1075 mètres d’altitude. Puis, c’est la longue montée vers la Tour de Moron, qui culmine à 1340 mètres d’altitude. De là, elle redescend entre pâturages et bosquets sur la Montagne de Saules, à 1054 mètres d’altitude. Puis, elle continue sa descente pour arriver à Sornetan.
• La via Jura 91, appelé aussi “Chemin du Jura Bernois” va de Moutier à la Chaux-de-Fonds. Elle est commune à la Via Jura 80, à la sortie de Moutier. Elle s’en sépare, lorsque la Via Jura 80 part pour Court. La via Jura 91 part un instant sur la route de Perrefitte, puis quitte la route pour les sous-bois et les pâturages, où elle rejoint la via Jura 80 au lieudit Prés du Haut de la Charrière, à 1075 mètres d’altitude. Depuis ce point, la Via Jura 91 et la Via Jura 80 sont communes, passant par la Tour de Moron, Sornetan, jusqu’un peu avant le Fuet. A ce moment-là, la Via Jura 80 descend sur Tavannes, la Via Jura 91 vers Tramelan.
• Ce que nous nommerons “la Variante Perrefitte” ne porte pas de nom de code. Elle est commune avec la Via Jura 91 jusqu’à l’entrée de Perrefitte. Puis, elle s’en va, passant par Souboz et Sornetan. A de nombreux points, on peut rejoindre la Tour de Moron. Cette voie a l’avantage de monter moins haut dans la montagne, ne dépassant pas les 1’000 mètres d’altitude. Elle passe par les très belles gorges de la Chalière.

Si on mesure maintenant en kilométrage les trois chemins jusqu’à Sornetan, où ils font jonction, on trouve:

• Par la via Jura 80: 22.3 km
• Par la Via Jura 91: 16.7 km
• Par la variante Perrefitte: 14.2 km

Il y a donc de bonnes raisons de suivre la variante, car si on préfère la Via Jura 80, on en prend pour plus de 33 kilomètres pour rejoindre Tavannes, en grimpant encore 300 mètres de plus pour aller jusqu’à la Tour de Moron.

 

Le parcours, aujourd’hui encore, est à l’avantage des chemins:

Goudron: 9.0 km

Chemins: 16.6 km

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-moutier-a-tavannes-par-la-variante-perrefitte-de-la-via-jura-34733599

Section 1: Pour choisir le bon chemin.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

 

Partons de la gare de Moutier, où nous sommes arrivés la veille. Une petite promenade longe la Birse.
Les parcours balisés ne passent pas au centre-ville. Ils longent la voie de chemin de fer.
Chemin faisant, on voit sur sa droite la collégiale de St Germain, aujourd’hui en pleine restauration. Moutier (en allemand Münster) signifie “monastère”. L’ancienne abbaye date du Moyen-âge et c’est de là que s’initia l’évangélisation du Jura. Elle fut rasée lors de la Réforme. La collégiale de St Germain fut construite en 1860 sur les lieux de l’ancienne abbaye. Le parcours croise peu après l’église catholique Notre Dame-de-la Prévôté, toute moderne. Dans cette région, de nombreuses confessions ont leur chapelle. Bien que le canton de Berne soit protestant, les gens du Jura bernois francophone étaient avant tout catholiques. Mais, tout change de nos jours….
Puis, le parcours traverse la voie ferrée. Tous les panneaux de direction indiquent “La Tour de Moron”. La Via Jura 80 traditionnelle ainsi que la Via Jura 91 y passent. Mais, la variante que nous suivrons aujourd’hui, la “Variante Perrefitte” n’y va pas. Cependant, sur la tour disons-en un mot. Dessinée par Mario Botta, cette tour en pierre de taille, haute de 30 m, culminant à 1360 m d’altitude a été réalisée par 700 apprentis maçons et inaugurée en 2004.
Les parcours sont tous communs à la sortie de Moutier, arrivant à un carrefour où le gros ruisseau de la Foule se jette dans la Birse.

Les parcours quittent alors l’axe routier majeur pour monter près de la Chapelle de Chalière. Restaurée au XXème siècle, elle date du XIème siècle, ayant appartenu au chapitre de l‘abbaye. Lors de sa rénovation, on mit à jour des fresques datant de l‘an 1000, parmi les plus anciennes de Suisse. Aujourd’hui, c’est devenu une chapelle de cimetière.
Sur un trottoir, les parcours suivent la Chalière en longeant le cimetière, puis un lotissement récent.

Nous arrivons alors à un premier carrefour stratégique. Ici, vous devez être très attentif, si vous ne voulez pas augmenter votre kilométrage, qui est déjà fort long. Nous allons faire faux bond à la Via Jura 80, qui part direction Court en suivant la Birse, passe aussi à la Tour de Moron et rejoint l’autre chemin à Sornetan.

 

Si vous continuez un bout la route, ce que font la Via Jura 91 et la “Variante Perrefitte”, rapidement après la bifurcation de la Via Jura 80, arrive une deuxième bifurcation. C’est une bifurcation qui passe aussi à la Tour de Moron 80.

Un peu plus loin avant Perrefitte, vous avez encore une bifurcation. Vous voyez qu’il y a moyen de s’égarer ici. C’est là que part la Via Jura91, qui va également à la Tour de Mouron, décidément incontournable. D’autant plus que si vous passez par Perrefitte, vous pourrez aussi plus loin monter à la tour.

Ici, nous quittons aussi la Via Jura 91 pour monter sur la route en direction du village. La route y monte en pente douce. Nous sommes donc dorénavant sur la “Variante Perrefitte”, qui passe à Perrefitte, puisqu’on l’a baptisée ainsi, puis s’en va vers Souboz et Sornetan.
La route passe à Perrefitte, où coule le petit ruisseau de la Chalière.
A la sortie du village, un petit chemin de terre prend la direction des gorges de la Chalière.
Il descend jusqu’au ruisseau, enfoui dans les buissons et les hautes herbes et commence à le longer.

Section 2: Le long des belles gorges de la Chalière.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: sur cette section, le chemin monte quasi sans discontinuer. Regardez les pentes qui vont de 10% à quelque chose de nettement supérieur à 15%, avec juste un petit replat pour souffler.

 

Ici le chemin va jouer avec le ruisseau, passant alternativement d’un côté à l’autre. Dès le départ, la pente s’accélère. Le ruisseau, à faible débit, cascade dans les mousses et les grosses pierres.
Au départ, le courant n’est pas violent. Ici, ce n’est pas comme quand on approche des chutes du Niagara et que l’on entend le vrombissement de l’eau qui gronde et siffle à vos oreilles. Mais, le chemin monte, et on pressent que la situation ne peut qu’évoluer, s’accélérer.
Arrivent alors les premières cascades. La traversée des gorges et magnifique. Parfois, le courant s’écoule tout doucement, clapote, puis soudain s’accélère jusqu’à un goulot d’étranglement creusé au milieu des rapides. Le chemin passe sans discontinuer d’un côté à l’autre du ruisseau, empruntant des escaliers, des ponts. La pente n’est pas toujours très sévère. Sauf sur les escaliers, bien évidemment, bien protégés par des rambardes.
Les escaliers ne sont pas continus et le chemin se balade parfois sur les passerelles de bois au-dessus du ruisseau dans la végétation confuse.
La puissance du torrent n’est pas diabolique et l’eau ne coule pas à un grand niveau mais le spectacle est grandiose sur plus d’un kilomètre, au milieu des feuillus et des herbes folles, dans un grand labyrinthe, où les eaux ont passé leur vie à ronger la roche, pour se frayer un chemin aux travers d’étroites trouées ou d’entonnoirs profonds.
Encore trois petits ponts sur le ruisseau, et le chemin sort des gorges.
A la sortie des gorges, on retrouve le monde usuel des ruisseaux qui chantonnent en tout charme et harmonie dans les forêts. Le chemin va onduler dans la forêt le long du ruisseau. Et pour vous faire plaisir, la pente fait une petite pause.
Le chemin rejoint alors la petite RN1367 qui monte vers Les Ecorcheresses. Ici un étroit chemin va grimper très sèchement, avec parfois plus de 30% de pente, dans la forêt au-dessus de la route. Mais, le passage est bref avant que le sentier ne débouche près de la clairière de Plan Fahyn avec sa grande ferme.
Sur une large route de terre pierreuse, le chemin, dit ici “Chemin de la Trouée” va passer longtemps au-dessus de la clairière, dans une forêt clairsemée, peu élégante au départ, confuse, avec parfois des pentes assez sévères. Ce sera long, très long.
Comme partout dans le Jura, la forêt est mixte, un mélange de feuillus, de buissons et d’épicéas. On retrouve les hêtres en abondance, mais ils ne sont pas tous aussi élégants et majestueux que ceux rencontrés quelques jours auparavant entre Bâle et Delémont. Ce sont plutôt des rejets, accompagnés d’un grand nombre d’érables champêtres et de quelques chênes.
Dans ce décor uniforme, le chemin ici ondule un peu plus, parfois descend un peu, mais en bilan global, la montée domine toujours.
Un peu plus loin, le chemin traverse un bois plus sombre. Alors les épicéas se développent plus. Mais peu après, la forêt est à nouveau clairsemée.
Bientôt, on aperçoit la route en-dessous dans la clairière, et le chemin continue à monter un peu le long de la lisière.

Section 3: De longues ondulations dans la forêt.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans grande difficulté.

Après être resté assez longtemps en forêt, le chemin ondule, redescend même un peu, puis rejoint les clairières au-dessus de la RN1367, où on voit poindre le village des Ecorcheresses, niché dans les verts tendres des prés au pied de la forêt.
La “Variante Perrefitte” ne passe pas aux Ecorcheresses. Comme nous ne sommes pas sur un chemin répertorié directement par La Via Jacobi, ici, il faut toujours suivre la direction de Sornetan. Ce sont les mêmes directions pour Souboz/Bellelay/Tour de Moron.
Une petite route goudronnée monte doucement au-dessus du hameau. Ici, nous sommes dans un paysage typique du Jura, des clairières au milieu d’immenses forêts compactes.
Puis, la route redescend un peu pour gagner un autre carrefour qui permet aussi d’aller aux Ecorcheresses.

La route se dirige vers la forêt, où elle atteint un carrefour à nouveau stratégique. Ici, c’est encore une occasion de monter à la Tour de Moron, où on peut rejoindre la Via Jura 80. Nous n’irons pas et suivrons toujours le parcours qui va à Sornetan.

Alors une large route de terre caillouteuse s’en va ondulant et musardant entre les prés et les bosquets. Les épicéas prennent progressivement le pouvoir dans la douce nature.

Le chemin ressort dans la clairière avant de trouver un bijou d’étang blotti sous les falaises. Dans ce havre de paix, dans ce silence, on entend la nature qui respire. Ici, les fougères, l’humus et la mousse abreuvent les narines du randonneur. On ne peut guère faire autre que s’arrêter quelques instants, de regarder la lumière jouer avec les reflets jaunes et verdâtres de l’eau.

La promenade est alors agréable sous les épicéas droits comme des baguettes et les petits feuillus qui bordent le chemin.
Peu après le chemin grimpe un peu plus dans la forêt contournant la combe des Raverattes, plus humide et moins belle.

Quand vous arriverez au bout de la combe, soyez très attentif! Le parcours ne continue pas sur la route de terre, mais descend sur le flanc du vallon. Il y a un panneau ici, qui pourrait être parfois dissimulé par le feuillage. Mais, en Suisse, les panneaux jaunes de direction brillent comme les chanterelles dans la mousse. Ici, le chemin a l’air peu engageant, perdu dans les hautes herbes. Mais, le chemin descend bien ici.

Le chemin est mal dessiné et la pente est raide, très raide. Mais, ce n’est pas très long. On voit que les jardiniers de la Via Jura ne passe pas régulièrement par ici.

Non, vous n’êtes pas perdu! A un moment, vous apercevrez en dessous la route qui va à Souboz.

Ici, le chemin est mal indiqué. Il suit la lisière. Si vous vous perdez, aucune importance. Alors, rejoignez en dessous la route qui va au village! Cela vous demandera peut-être un petit exercice de gymnastique militaire, où il vous faudra ramper sous les barbelés. Nous avons vécu, à nos dépens, ce genre de mésaventure! Mais peut-être que depuis notre visite, tout cela a été maintenant corrigé ou que par mégarde nous n’avons pas vu le signalement du chemin.
La “Variante Perrefitte” arrive au village. La direction est toujours celle de Sornetan, sur un parcours que nous partageons avec la Via Jura 91.
Elle traverse le village sur la route, passe près de l’école et de son petit clocheton, puis sort du village en descente. Ici, il y a de belles fontaines dans le village.

Au bas du village, on aperçoit Sornetan devant soi, presque à la même hauteur. Mais voilà! Il y a une grande surprise ici. Il y a un vallon, et pas des moindres, entre les deux villages.

Section 4: Entre Souboz et Sornetan, cela se mérite.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: une grande trouée où passe tout près la Sorne entre Souboz et Sornetan. Les pentes sont conséquentes tout au long du parcours, avec des moyennes de 10-15%, avec quelques passages plus pentus, en montée comme en descente.

 

Il faudra donc descendre pour remonter. La descente est sèche, parfois dépassant les 15% d’inclinaison. La nature ici est enchanteresse, bucolique à souhait. Il y a aussi des arbres fruitiers et des animaux en pagaille.
Au fond du vallon le chemin rejoint la route, longeant un petit ruisseau qui se jette dans la Sorne, un peu plus bas. Ici, nous sommes au lieudit Le Pichoux. Le chemin va rapidement remonter vers Sornetan.
Et cela ne tarde pas. Le talus est devant vous.

Vous marchez toujours ici sur la Via Jura 91, qui est conjointe ici à celle que nous avons nommée la “Voie de Perrefitte”, celle qui passe aussi à Sornetan, puis à Bellelay.

La montagne, même la montagne à vaches, n’est belle que dans le silence. Et encore, il est mieux de la voir par beau temps, car la pluie tue les paysages. Ici, ce n’est pas la montagne âpre et dure, piquée de sapins au regard sévère. On ne dira jamais assez le charme, l’harmonie et la gamme mélodieuse que dégage le vert cru des prairies où se fond le vert plus soutenu et intense des épicéas qui trempent leurs branches comme pour laper l’eau du sol.
Plus haut, le chemin passe dans les sous-bois avant d’atteindre les premières maisons de Sornetan sur le goudron.
Il y a tout de même quelque chose qui cloche, qui vous dit qu’on n’est pas dans le vrai Canton de Berne, un petit détail, mais si évident. Quand on sillonne le canton de Berne sur les divers chemins de Compostelle de la Via Jacobi, le regard s’arrête à tous les coins du chemin sur les fermes qui rivalisent de grandeur, de beauté et d’élégance. Ici, les fermes sont moins riches et disposées différemment.
Sornetan n’est pas un grand village. On ne compte que 150 habitants. Depuis 2015, le village appartient dorénavant, par votation populaire, à la commune de Petit Val, regroupé avec les villages d’alentour, dont Souboz. Ici, nous sommes en monde protestant. Le temple de Sornetan, un bijou de style gothique campagnard, datant de 1708, restauré en 1965, se dresse au milieu du village. En périphérie du village se dresse le centre de Sornetan, un centre de confession protestante, un lieu de rencontre et de formation, s’adressant à tous publics dans les domaines, éthique, théologique et culturel. On peut y séjourner.

Mais c’est un peu la plaque tournante du chemin dans la région. A la sortie du village, la “Variante Perrefitte” rejoint la Via Jura 80/91, qui redescend de la Tour de Moron. Dorénavant, nous suivrons indifféremment une des trois voies, qui passent plus loin à Bellelay, jusqu’à Le Fuet.

La Via Jura 80/91 s’en va quelques instants sur une petite route en direction de Le Fuet.
Elle rejoint le chemin du Pasteur Rémy Frêne, un pasteur célèbre ici pour avoir tenu un journal de chroniques au XVIIème siècle. Son journal relate la vie quotidienne dans la région.
Au départ, le chemin, inauguré en 2012, s’en va quasi à plat dans les prés, au milieu des vaches pour rejoindre la forêt.
Puis, le chemin commence à grimper dès qu’il rejoint la forêt. Le chemin est aussi très fréquenté par les cavaliers. Ce sont toujours les hêtres et les épicéas qui dominent, mais on rencontre aussi des érables qui ont remplacé les chênes.

Section 5: Sur le chemin du Pasteur Frêne.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: pentes assez régulières, assez légères, à quelques exceptions près.

Sur le chemin du bon pasteur, au début, la pente est assez sévère, mais ne dépassant que rarement les 15%, dans la forêt mixte, qui parfois se ferme un peu dans les herbes folles.
Mais dès que l’on quitte la forêt, l’horizon s’ouvre et un large chemin de terre monte alors plus doucement, en pente régulière, à la limite des sous-bois. Par beau temps qu’il est agréable de batifoler entre prés et bosquets, quand la lumière rase l’horizon dans ces magnifiques paysages jurassiens et que le soleil se fait un peu moins brûlant, en se cachant derrière les arbres.
Le chemin gagne alors Moron situé sur un haut plateau, au milieu des vaches. Dans cette partie du Jura bernois, les vaches sont très variées, allant des Simmental croisés aux Holstein de toutes les couleurs.

Évidemment d’ici aussi, on peut monter à la Tour de Moron.

La Via Jura 80/91 traverse le village sur le goudron au milieu de quelques fermes dispersées.
La route descend alors direction Bellelay, dans une allée garnie de platanes, puis en pente douce dans le sous-bois, où dominent les épicéas.
Entre forêt et prairies, le paysage s’ouvre sur la très belle plaine de Bellelay.
Au fond de la descente, la route arrive au lieudit La Côte Au Roi, sur la route qui relie Tavannes à Bellelay. On voit très bien d’ici l’abbaye de Bellelay et la Maison de la Tête au Moine, mais le chemin n’y va pas.

“Belle laie” désigne une “belle forêt”, d’après le bas latin “bella lagia”. L’abbaye fut construite au début du XIIème siècle, tenue par les prémontrés qui, fidèles à la règle de saint Norbert, recherchaient des marécages pour les transformer en contrées fertiles. L’abbaye fut souvent incendiée, puis reconstruite. Les constructions grandioses que l’on voit encore aujourd’hui, de style baroque, datent de la fin du XVIIème siècle, à l’apogée de la confrérie. L’abbaye était riche, mais hospitalière. On y accueillait les pèlerins, offrait du pain à quiconque en demandait, prenait en charge les orphelins. Apparemment, le vent de la Réforme n’a jamais soufflé fort ici. Mais, il faut se souvenir qu’à cette période, la contrée n’était pas à proprement parler “bernoise”. Arriva alors la Révolution française en 1798. Les révolutionnaires français chassèrent à tout jamais les religieux de l’abbaye. Les bâtiments passèrent aux mains de divers propriétaires, devenant tour à tour brasserie, écurie, entrepôt, puis verrerie.

En 1891, le canton de Berne racheta la verrerie et fonda ici un asile pour malades mentaux. On restaura alors l’abbatiale au cours des années 1960, qui est aujourd’hui classée comme monument historique. Si vous n’êtes pas pressé, allez-y jeter un coup d’œil. D’autant plus que les chanoines de Bellelay ont inventé la “ tête de moine”, cette spécialité de fromage à pâte crue fabriquée dans les fromageries

Ici, nous retrouvons le signe de la Via Jura 80, un signe que nous n’avons plus vu depuis belle lurette. Les chemins sont complexes dans la région, à cause de la Tour de Morlon.

Rapidement, le chemin quitte la route. Il en est mieux ainsi, car rares sont les automobilistes ici qui respectent les limitations de vitesse sur les longs bouts droits! Il faut impérativement trouver le panneau jaune qui marque la direction des prés.
La zone ici est très marécageuse et un grand bassin de protection recouvre toute la plaine. Le chemin parcourt toute cette zone, parfois sur des ponts de bois.
Plus loin, le chemin ressort du biotope pour rejoindre la route circulante.
Ici, le chemin traverse la route et la longe quelques instants dans l’herbe.
Il gagne alors le sous-bois pour la visite d’une très belle tourbière, la tourbière de la Sagne. Un magnifique chemin sur des ponts de bois empêche de se tremper les pieds dans la tourbe. Des panneaux expliquent les tourbières.
A cause de l’humidité, il règne ici une ambiance presque tropicale. Il ne manque que les perroquets.
A la sortie de la tourbière, les indications de chemin font défaut. Il faut revenir vers la route. Attention, le sol est marécageux! Si vous avez de la chance, vous verrez peut-être le ruisseau de l’Eau Rouge qui se perd dans le marécage. Vous comprenez vite pourquoi on le nomme ainsi. Cette eau semble aller nulle part.

Section 6: En redescendant du col.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: pentes très sévères près du village du Fuet.

Même si le chemin est mal indiqué, on ne se perdra pas. Le chemin suit alors la route, s’écartant parfois un peu d’elle. Les épicéas sont dressés ici un peu comme des sapins de Noël. On imagine que sous les mousses ici doivent s’épanouir les chanterelles en saison.
Le chemin monte en pente douce jusqu’au sommet de la colline, au col du Fuet.

Ici les deux Via Jura se séparent. La Via 91 va à Tramelan. La nôtre, la Via 80 va à Tavannes.

Le chemin musarde un peu dans la forêt…
… avant de plonger dans la forêt vers le Fuet.
Le Fuet est un petit village accroché à la pente, avec son église récente, son école et son clocheton. Vous ne serez pas surpris que de ce côté ici, on peut aussi remonter à la Tour de Moron. Mais notre direction est Tavannes, à 1 heure de marche. Au Jura, le cheval est roi, et l’espèce domine presque celle des vaches.
Une route descend au-dessous du village dans une petite plaine où coule le ruisseau de Trame. Ici, derrière les champs d’avoine s’étale toute la beauté des collines du Jura.
Au fond du petit vallon coule la Trame, paisiblement dans le marécage.
Rapidement, un chemin de terre part dans le sous-bois d’épicéas et de hêtres, pour arriver près d’un grand complexe de recyclage des déchets.
Alors, il passe en forêt pour l’éviter et le contourner.
A la sortie du complexe, une petite route revient de l’autre côté du complexe industriel.

Section 7: Descente sur Tavannes dans la plaine.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

 

 

Elle rejoint alors la route qui descend sur Tavannes, Une bande d’herbe est aménagée au bord de la route.
Le chemin joue quelques centaines de mètres avec la route, passant dans les hautes herbes sur le talus…

Le chemin passe devant un très bel étang. Les étangs dans la région paraissent si tropicaux qu’à chaque instant on guette pour voir sortir un alligator de l ‘eau. Mais, ici apparemment il n’y a que des moustiques, de vulgaires moustiques.

Juste à côte est ménagée une place de pique-nique dans les arbres.
Un peu plus loin, le chemin sort de la forêt et court dans les prés sur une crête qui domine Tavannes.
En dessous, la route et le chemin de fer conduisent à Tavannes.
Plus bas, une route de terre battue descend de la colline. Il y a surtout des prés ici, peu de cultures.
La Via Jura 80 atteint alors les hauts de la cité sur un petit plateau.
Puis, elle descend encore un peu pour trouver la Birse, qui ici passe en souterrain.
Elle se dirige alors vers la gare, vers le centre-ville. Tavannes compte aujourd’hui 3’500 habitants. Dans les années 1960, il y en avait près de 4’000.

Sur le chemin, vous allez rencontrer un mémorial célèbre, du moins en Suisse. L’entreprise horlogère Tavannes Watch Co (1895-1966) a écoulé des millions de montres dans le monde et a durablement marqué le Jura bernois. Son histoire est passionnante, ayant connu une croissance fulgurante et un déclin tout aussi ressentissent. L’histoire débute en 1891, lorsque, répondant à un appel d’offres de la bourgeoisie de Tavannes, Henri-Frédéric Sandoz, un neuchâtelois vient installer une fabrique d’horlogerie dans une entreprise livrée clé en mains. En 1891, la TWC produit 42 montres par jour avec 40 ouvriers. En 1903, la TWC occupe 470 personnes et produit 953 montres par jour. En 1913, Sandoz décède mais la société prend encore de l’ampleur. En 1938, la TWC emploie 2’000 ouvriers qui produisent 4’000 montres par jour. C’est de cette période que datent les premières vagues d’immigration dans le Jura bernois. La TWC est devenue alors la première entreprise de production de montres en Europe. Sur le plan social, à l’usine on initie la semaine anglaise et la Caisse de secours mutuel.

Tout au long de ces années, l’usine s’agrandit, d’autres ateliers voient le jour en Suisse sous le nom Tavannes Watch. Puis arrive le déclin. En 1948, pour des raisons de brevet et de financement, on doit hélas abandonner le nom Tavannes sur les cadrans au profit de Cyma. Les clients rechignent. Ils veulent des Tavannes, non des Cyma. Et c’est la chute, puis le déclin, le rachat par Ebauche, puis la mort. Cette usine aujourd’hui ne fait plus que des travaux de décolletage de pièces de montres.

Mais n’allez pas croire que l’industrie de la montre est morte dans l’arc jurassien. Le secteur offre plus d’un quart des emplois aux gens de la région, aussi des frontaliers français. Par exemple, à côté de la manufacture de Sandoz, la société Roventa produit des montres.

Tavannes qui n’était qu’un petit village agricole s’est agrandi fortement au moment de l’essor des montres. On rasa les fermes du centre du village et des architectes (même le Corbusier y a fait des ébauches) furent t appelés pour la construction des infrastructures, des hôtels et des usines. Les grands hôtels, ouverts ou fermés que l’on voit aujourd’hui datent de cette époque.
Le temple réformé, sur une petite colline dominant la ville, date du XVIIème siècle. La rue principale essaie de se rappeler de sa grandeur passée.

Logements sur la Via Jura 80

Perrefitte
Hôtel***, repas, petit déj. Hôtel Restaurant de l’Etoile, Gros Clos 4, Perrefitte 032 493 10 17
Sornetan
Camping, repas, petit déj. Camping de Sornetan, Le Maupas 30A, Sornetan 032 484 92 46
Chambre, repas, petit déj. B&B Nora et Heinz Gyger-Amstutz, La Combe, Sornetan 032 484 92 77
Hôtel, repas, petit déj. Centre de Sornetan, Les Rondez 2, Sornetan 032 484 95 35
Tavannes
Hôtel, repas, petit déj. Hôtel Central, Pierre-Pertuis 1, Tavannes 032 481 28 55
Hôtel, repas, petit déj. Hôtel de la Gare, Rue de la Gare 4, Tavannes 032 481 19 33

Pour les logements, les renseignements sont juste indicatifs. Les données du livre ne sont pas réajustées chaque année. Dès lors, les prix ou les numéros de téléphone peuvent changer. D’ailleurs une telle liste ne peut être exhaustive. Chaque année, certains établissements ferment, d’autres ouvrent. Si vous cherchez un logement via AirB&B, consultez Internet, AirB&B ne communiquant pas les adresses des logeurs. Dans les gîtes, parfois le petit déjeuner est servi. Dans les accueils jacquaires, les prix sont laissés à la liberté du pèlerin. Certains accueils jacquaires proposent aussi le repas et le petit déjeuner. Les législations ne permettent pas de donner les coordonnées de ce type de logement. Consultez les sites officiels agréés pour ces adresses. En Suisse allemande, de nombreuses chambres d’hôte vous reçoivent sur la paille, où dormir dans ces conditions est très recherché. De toute manière, il est très recommandé de réserver à l’avance, pour savoir si dans tous ces établissements, chambres ou hôtels, vous pouvez avoir le repas.

La liste ne dresse que les logements sur le chemin ou à proximité (moins de 1 km du chemin). Pour ce type de logement, consultez aussi les sites officiels du chemin. En Suisse, pour le liaisons depuis Bâle à Moudon, renseignez-vous auprès de “ https://www.jakobsweg.ch/fr/eu/ch/route/bale-jura-troislacs-fr/accommodation.pdf”