02: Laufen à Delémont

Entre rivière et petite montagne, du canton de Bâle au canton du Jura

 

DIDIER HEUMANN, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

En Suisse et en France, le Jura est souvent apprécié comme une notion géographique. En France, c’est un département, en Suisse un canton. Mais, en fait, c’est d’abord une notion géologique. Le massif du Jura date de 35 millions d’années. C’est donc de la montagne très jeune, formée par la compression exercée par les Alpes en direction de la mer actuelle, de l’ouest. Il s’étend comme un croissant le long de la frontière franco-suisse, allant du bout du lac de Zürich jusqu’en Isère. L’histoire du Massif du Jura commence au début de l’Ère Secondaire, qui s’étend d’environ de 250 millions d’années à 65 millions, avec les dépôts de sédiments au fond des mers. L’ère secondaire est l’ère des reptiles et des dinosaures et du début des mammifères. C’est donc une histoire très récente au niveau de la Terre.

Baignée par la mer, dans un climat chaud et humide, la région jurassienne accumule alors, des millions d’années durant, des dépôts sédimentaires variés, qui forment avec le temps d’épaisses couches de marnes et de calcaires. Puis arrive l’Ère Tertiaire, qui s’étend de 66 millions d’années à 2 millions d’années avant nous. Les montagnes du Jura se sont érigées au cours des dernières périodes de l’histoire de la Terre, soit vers la fin de l’ère tertiaire. Au Tertiaire, la mer se retire progressivement. La collision des continents africain et européen provoque la formation des Alpes. Par contrecoup, les Alpes vont créer par plissements et glissement les empilements de marnes et calcaires qui recouvrent le Jura. Le Jura, c’est quasi 95% de marnes et de calcaires, de la même composition “marine“ qu’est le plateau molassique suisse, coincé entre les Alpes et le Jura.

Aujourd’hui, nous quittons Bâle et la Suisse allemande pour entrer en Suisse romande, dans le canton du Jura. Le parcours ne suit pas la Birse, mais passe sur les contreforts du Jura. Ici, la géographie est très complexe, avec une enclave du canton de Soleure, coincée entre les cantons de Bâle-Campagne et le Jura. Cela ne change rien évidemment au niveau des paysages qui restent les mêmes.

 

Les dénivelés (+410 mètres/-365 mètres), à première vue, paraissent assez raisonnables. Mais, le diable se cache souvent dans les détails. Vous apprécierez certainement, si vous n’êtes pas un grand sportif, la montée raide, en zigzags, dans la forêt de Bueberg, puis, dans une très moindre mesure, la montée vers Ober-Huggerwald. Les descentes, elles, sont tout à fait raisonnables.

 

C’est une bonne étape pour les marcheurs, avec un trajet majoritairement sur des chemins:

Goudron: 7.3 km

Chemins: 12.0 km

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-laufen-gare-a-delemont-gare-par-la-via-jura-34655959

Section 1: Un peu de calme, puis l’épreuve dans la forêt de Bueberg.

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours: un sérieux effort dans les zigzags pentus de la forêt.

 

Pour retrouver la Via Jura 80 en partance pour Delémont, le mieux est de partir de la gare. C’est souvent en ces lieux que se trouvent toutes les directions des chemins.
Depuis la gare, on traverse la Birse, que l’on ne retrouvera qu’en fin d’étape.
A la BKW-Strasse, la route part progressivement dans la banlieue, et la traverse jusqu’à trouver le Schützenweg.
Le Schützenweg est une petite route goudronnée qui monte en pente assez douce dans les prés, où les moutons sont déjà aujourd’hui à l’ouvrage.
Un chemin entre terre et herbe part bientôt, longeant le sous-bois. Aujourd’hui, il fait beau et le soleil est rasant.
Le chemin court un peu sur les prés à la lisière du sous-bois. On vous propose déjà la pause. Un peu tôt, non?
Le chemin pénètre alors dans le sous-bois, se rétrécit et file entre les feuillus, un peu au-dessus de la rivière du Lützel. Ici, la montée assez sévère est le plus souvent la règle sur un chemin qui ondule sous les hêtres en pagaille. C’est assez humide ici, à voir la mousse qui colonise les rochers, voire les arbres.
Puis, le chemin descend, assez raide aussi, sur une petite route au lieudit Lüztzelhof.

Là, il traverse le Lützel (Lucelle, en français), une rivière apparemment assez tumultueuse, qui fait d’abord frontière entre la France et la Suisse, traversant les enclaves du canton de Soleure, puis le canton de Bâle-Campagne pour se jeter à deux pas d’ici dans la Birse.
Sitôt de l’autre côté du pont, une large route de terre longe la rivière, qui danse et saute, quelque part entre ombre et lumière, le long des épicéas et des feuillus. Pour le moment, c’est un peu le calme avant la tempête prévue sous peu, profitez-en au maximum.
Plus loin, l’herbe remplace la terre battue au terme de la route.

Et la tempête s’annonce rapidement, sous la forme d’un panneau près duquel passe la Via Jura 80, qui prend ici le nom de Jubiläumsweg. Le chemin du jubilé, on dira plutôt le chemin de la jubilation. Quand on annonce une interdiction pour les cyclistes, ne prédit-on pas le pire?

Le chemin va monter dans la forêt de Bueberg, sur près d’un demi-kilomètre, avec des pentes nettement supérieures à 15%, parfois entre 30 et 50%. De petits rondins de bois, rongés par le temps, le gel et les intempéries sont comme de béquilles pour assurer la progression.
Le chemin dessine de grands virages, ce qui permet de diminuer un peu la pente. Mais c’est dérisoire. D‘une épingle à l’autre, le chemin continue inexorablement de monter. Pas un seul banc pour se reposer. Il n’est que de s’appuyer parfois un peu contre les troncs des grands hêtres pour reprendre son souffle.
Un peu plus haut, le chemin se rapproche progressivement d’une barre rocheuse.

Sur le rocher, on a même mis en place une main courante. Mais, rassurez-vous. Il n’y a aucun danger ici, car les chemins de randonnée pour grand public, et notamment le Chemin de Compostelle n’empruntent jamais des chemins impossibles. Si les chemins sont difficiles, voire dangereux, ils sont toujours signalés à l’avance.

Nous avons alors atteint un point, où une petite halte ne peut être que la bienvenue dans un écrin de verdure richement sauvage. L’humidité ici s’accroche à la pente, comme le témoigne la mousse qui tapisse les rochers et même les arbres. A partir de la barre rocheuse, la pente s’atténue un peu.
Cependant, nous ne sommes pas encore au sommet. Le chemin monte encore dans la forêt, mais la pente est devenue plus raisonnable. Chemin faisant, on croise une borne de granite. Marque-t-elle une ancienne frontière entre la Suisse et la France, ou simplement une limite entre le canton de Bâle-Campagne et le canton de Soleure? Car, c’est un peu plus loin que l’on quitte le canton de Bâle-Campagne pour une enclave du canton de Soleure.

Sincèrement, personne ne sera déçu d’arriver au terme de cette épreuve difficile, quand il s’arrêtera au sommet de la montagne, pour lire en détail le panneau des directions. Le Chemin du Jubilé s’en va vers d’autres cieux que le nôtre. Sur la Via Jura 80, on annonce Nieder-Huggerwald à une demi-heure de marche et Delémont à 4 heures.

Section 2: Une valse à 3 cantons: Bâle-Campagne, Soleure, et bientôt le Jura.

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours: encore, un petit effort du côté de Ober-Huggerwald. Après, ce sera presque les vacances.

 

Et comme pour se faire pardonner, la Via Jura 80 sort de la forêt, à plat, sur le Rütenenweg.
Elle se met à descendre, en lisière de forêt, sur un large chemin de terre avec une bande herbeuse en son centre. En contre-bas, c’est le village de Röschenz, au-dessus de la rivière de Lützel, en pays bâlois.
La route de terre longe la forêt de Bueberg. En contre-bas s’étendent les céréales.
Ici, nous marchons sur le Rütenenweg, que nous allons quitter pour la Buechbergerstasse.
Enfin strasse, c’est une manière de dire. De rares véhicules soleurois passent par ici, sur une route de terre battue. La route dodeline alors entre prés, champs et bosquets, descendant vers le hameau de Nieder-Huggenwald, dans le canton de Soleure.
On voit alors en contre-bas le village et nous entrons alors dans l’enclave du canton de Soleure, presque sans s’en apercevoir.
En Suisse, les enclaves ont avant tout une origine religieuse, nées des problèmes de la distribution des collectivités au catholicisme et au protestantisme lors de la Réforme. C’est donc une très longue et vielle histoire. En Suisse Romande, dans la région de Payerne-Avenches-Morat, dans un pays devenu protestant, les catholiques se sont rattachés au canton de Fribourg, resté catholique. Ici, c’est l’inverse. Le canton de Soleure, est en majorité catholique, celui de Bâle en majorité protestant. Les gens d’ci, sont donc devenus soleurois pour rester fidèles à leur religion d’origine. Cela n’a certes pas été de soi, et les Guerres de Religion n’ont pas simplifié les problèmes, mais l’État fédéral a trouvé ce genre de compromis entre les cantons pour limiter les conflits.

Ici, vous êtes pour ainsi dire au bout du monde. Pas loin d’ici, se trouve Kleinlützel, sur la rivière du même nom. Mais, si vous allez plus loin vers le Nord, il n’y a pour ainsi dire plus de route, et il vous faudra traverser à l’aveuglette de larges forêts pour arriver en France, qui, dit en passant, n’est pas plus développée que la Suisse dans cette région perdue.

Nieder-Huggerwald est situé dans une cuvette, et le chemin se dirige alors vers une colline, en sortant du village.
Se profile alors la deuxième difficulté du jour. Le large chemin de terre avec sa bande d’herbe entame son ascension vers Ober-Huggerwald, au milieu des hêtres, des arbres fruitiers et des épicéas. La nature est belle ici, dans les prés verts, mais la pente parfois dépasse les 15%. Allez ! C’est tout de même moins vertigineux que dans la forêt auparavant.
A mi-montée vers Ober-Huggerwald, la pente se calme un peu et la terre battue passe en herbe. Les prés et les céréales se partagent l’espace entre les bouquets d’arbres.
On avance alors encore un peu dans l’herbe, puis sur l’asphalte pour arriver à l’angle du village.
Ici, nous sommes à 630 mètres d’altitude, dans le canton de Soleure, pays catholique. Si on lit correctement l’inscription sur la vieille croix de pierre, nous sommes au XIXème siècle, ce qui témoigne d’un attachement à la foi catholique dans la région.
Toutefois, nous n’avons pas encore atteint le toit de l’étape du jour. La route monte encore, assez pentue, pour atteindre une sorte de petit col.
De là-haut, près d’un réservoir, le regard plonge sur le vallon de l’autre côté du col. Si on suit la route, on descend sur Huggerwald, le village principal de cette partie du canton de Soleure, le canton le plus curieux géographiquement de la panoplie des cantons helvétiques, avec ses tentacules qui s’insinuent partout.

Section 3: En descente assez douce vers le canton du Jura.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté, même si la pente est parfois prononcée.

Dans ces régions de prairies, de pâturages et de petites montagnes, le bétail est roi, et partout où porte le regard pointent les museaux des vaches brunes et des Simmental, les vaches favorites de la Suisse allemande.
La Via Jura 80 descend un bout sur la route, mais peu. Il faut être attentif pour ne pas rater le portail, où le chemin repart dans les prés.
La balade devient alors magnifique sur ce flanc de montagne, sur un chemin qui hésite entre la terre et l’herbe. Nombreux sont les promeneurs qui musardent par ici, on comprend pourquoi.
Un peu plus loin, le colza et les céréales prennent alors la place du bétail.

Nous passons alors au lieudit Oltme. Ici, deux chemins mènent à Delémont. Notre chemin demeure la Via Jura 80.

Chaque pays et chaque région s’identifient souvent par ses arbres et par leur utilisation. Ici, pas de séquoia, ni de tilleul, ni de cèdre, ni de sapin de Douglas, le hêtre est le roi de la forêt. Les billes de ce bois s’alignent partout le long des routes. Dès le printemps, le hêtre se teinte de vert si tendre qu’on aurait presque envie de le caresser.

Et sur ce chemin qui s’en va dans les prés le long de la forêt, où l’herbe est si verte et si belle qu’on a parfois le sentiment de marcher sur un green de golf, on croise quelques grands seigneurs, tel ces superbes hêtres, avec leurs branches torsadées et enchevêtrées qui cachent les mystères de la nature.

Parfois, un banc invite à la halte, à la sieste ou au pique-nique. Puis l’herbe se substitue à la terre pilée. Mais, le chemin est toujours aussi serein, presque plat. Alors l’esprit vagabonde un peu, se rappelle le passé récent, comme la montée dans la forêt. Alors, le pas s’accélère un peu plus, pour mettre un peu plus de distance.
Il est sur le Chemin de Compostelle des trajets que l’on voudrait voir se terminer juste après les avoir entamés, d’autres que l’on aimerait prolonger. Celui-ci appartient à la deuxième catégorie. Mais voilà, il faut avancer, c’est la dure loi du pèlerin, qui n’est que rarement un flâneur. Le chemin rejoint alors bientôt une petite route.
Le chemin rejoint alors le lieudit Käppeli (“Petite Chapelle“), où une chapelle, ouverte et sobre, repose au bord de la route. Nous sommes ici à un peu plus de deux heures de marche de Delémont-
Un petit tronçon de goudron s’en va alors à plat dans les céréales.
Puis la route tourne vers le hameau de Hof Albach, encore dans l’enclave soleuroise.
Nous repassons alors dans le canton de Bâle-Campagne. La route sort du hameau dans les arbres fruitiers et amorce la descente dans un vallon vers le canton du Jura.
Rapidement revient la terre battue. La route descend alors dans le vallon, en pente régulière à 10% sous une ligne à haute tension. Ici, les épicéas font concurrence aux feuillus.

Section 4: Dans le vallon coule le ruisseau de la Réselle de Soyhières.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours parfois casse-pattes, mais sans grande difficulté, en descente.

La descente entre prés, cultures et arbres fruitiers, à la limite de la forêt, est assez longue, mais agréable. Quelque part ici, on passe sans transition du canton de Bâle-Campagne au canton du Jura.
On atteint alors la ferme de La Réselle. A partir d’ici, c’en est terminé des “Grüezi, Güete Morge, Güetä Tag zäme, Sälü” et autres. Vous direz simplement “Bonjour” aux randonneurs que vous croisez.
On trouve alors le ruisseau de Réselle de Soyhières, ruisseau que l’on va suivre jusqu’au fond du vallon. Une petite route descend vers Soyhières.
Mais la Via Jura 80 ne la suit pas longtemps. Elle préfère onduler un peu dans les prés.

Elle passe au-dessus de l’étang de la Réselle, une étendue d’eau nichée sous la forêt, appartenant à la Société des pêcheurs de Delémont. Ici, on taquine la truite, le brochet, le gardon, mais aussi la tanche et la carpe. Dans toute la région jurassienne et dans la France voisine à Ferrette, la carpe est devenue un mets de choix.

Le chemin de terre mêlée d’herbe continue de descendre raisonnablement au milieu des prés dans le vallon. Dans les forêts, les épicéas ont maintenant nettement pris le pouvoir.
Ici, la route rejoint le ruisseau fougueux.
La petite route descend alors, à deux pas du ruisseau, dans la fraîcheur du vallon.
La route ne tarde pas à rejoindre plus bas les hauts de Sohyhières. A l’approche du village, le ruisseau fougueux s’est assagi un peu, s’est civilisé en se canalisant au bord de la route.
A l’entrée du village subsistent encore des blocs de défense anti-char. Soyhières, petit village de 500 habitants, a longtemps vécu à l’ombre de son château, sis au-dessus du village à la limite de la forêt, sur une falaise dominant la Birse. Il fait partie de tous ces châteaux de la région, source de conflit permanent entre les comtes locaux, ceux de Ferrette et les évêques de Bâle. Puis, il est tombé en ruine à petit feu. Aujourd’hui, on le retape petit à petit grâce aux bons soins de la Société des Amis du Château. La via Jura 80 n’y passe pas.
En traversant le village, la Via Jura 80 continue à jouer avec le ruisseau de la Reselle, passant d’un côté à l’autre. L’église est de construction récente.
Au bas du village la Via Jura 80 traverse pour une dernière fois la Réselle. Ici, il faut choisir. Sur les cartes de la Via Jacobi, le chemin pour Delémont passe de l’autre côté de la Birse, pour se diriger vers Vorbourg, car ce site est un site d’importance nationale et un lieu de pèlerinage, avant de redescendre sur Delémont. Mais, si vous y allez, il faudra prendre 200 mètres de hauteur. L’alternative est plutôt de prendre la voie qui longe la Birse, quasi à plat. Le chemin est fléché également. Le Vorbourg, vous le verrez d’en dessous, perché sur la butte rocheuse.
Pour ce faire, il n’est que de se diriger vers un parc public et la voie de chemin de fer, passer sous la RN18 et sous la voie de chemin de fer, pour se retrouver de l’autre côté des voies.
Après ce pif-paf, la route revient vers la gare et s’en va vers la Birse. La ligne de chemin de fer Delémont-Bâle y passe, mais le train ne s’arrête plus. La gare est aujourd’hui désaffectée.

A deux pas, la route traverse la Birse, qui coule, tranquille, sous les aulnes et les hêtres.

La route goudronnée suit un peu la rivière en légère montée dans le sous-bois, puis, dans un virage, elle la quitte. Alors, un chemin de terre prend le relais.
La montée à flanc de coteau est brève et le chemin redescend sur le lieudit Bellerive. Devant soi se profile sur son éperon rocheux le château de Vorbourg dominant la Birse.
Le chemin redescend alors vers la Birse et la RN18, en traversant les fermes de Bellerive.

Section 5: En route pour Delémont, chef-lieu du canton du Jura.

 

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

 

D’ici la route se divise en deux, la moitié goudronnée, l’autre en terre battue.
La route suit la berge de la rivière et se dirige vers la cluse de Soyhières, près d’un petit plan d’eau, là où sont perchés les châteaux de Vorbourg. D’ici, vous ne verrez que le château inférieur.
Ces châteaux sur l’arête de la cluse de Soyhières, qui remontent au XIIème siècle, on les nommait au Moyen-âge, le château inférieur et le château supérieur de Telsperg, habités par cette famille alliée de Bâle. On les nomma plus tard Vorbourg (premier et deuxième). On modifia beaucoup le château inférieur au cours des siècles, lui adjoignant notamment une chapelle. De cet édifice, demeurent la chapelle et la tour carrée massive, la Tour Ste Anne, adossée au rocher. Le château supérieur, on l’abandonna complètement. Il fut sans doute détruit lors du terrible tremblement de terre qui secoua toute la région et détruisit Bâle au XIVème siècle. Il n’en reste que des ruines que l’on atteint par un sentier en forte pente. Restaurée au siècle dernier, la chapelle, dédiée à la Vierge Marie, est un lieu de pèlerinage très populaire dans le Jura. On y accède en partant du nord de Delémont, et rarement en partant de Soyhières.
Ces cluses, qui sont souvent des défilés étroits creusés dans les rochers, ont de tout temps été la convoitise des armées, du Moyen-âge à nos jours. Et les suisses ont bien sûr profité du site pour creuser, à leur habitude, fortins et tunnels dans ce gruyère. Le drapeau suisse flotte fièrement à l’entrée du mémorial. Le joggeur qui passe ici, n’y prêtera plus aucune attention, sans doute! D’autres, au contraire, se rengorgeront dans leur fierté de ne pas avoir laissé passer les allemands autrefois.
La vallée est très encaissée ici. Le chemin continue entre les falaises d’un côté, la rivière, la route et la voie ferrée de l’autre de l’autre, au milieu des hêtres, des chênes et des aulnes. Il croise même ici de vrais blocs de ciment anti-char, qui paraissent quand même plus sérieux que le jouet de tank aperçu tout à l’heure.

Encore quelques centaines de mètres, et le chemin gagne le Pont sur la Birse, à l‘entrée de Delémont. C’est un carrefour très stratégique, car c’est ici que la Via Jura 80 continue sur Courroux. Si vous allez à Moutier, ce que vous ferez sans doute, il vous faudra revenir ici le lendemain.

Le pont est entièrement dévolu aux piétons et aux cyclistes. Ici, se jette la Sorne, une petite rivière qui traverse Delémont. La ville de Delémont reste cantonnée uniquement de l’autre côté de la Birse.
Après le pont, la Via Jura 80 traverse la ligne de chemin de fer.
Elle pénètre alors en ville dans un quartier commercial, tel qu’on en trouve dans toutes les périphéries des villes. Elle passe près de la Sorne, mais ne la traverse pas.
Ici, se trouvaient une scierie et un moulin, disparus au XIXème siècle, entraînés par de grosses roues dentées, un des fleurons de la cité de jadis.
Puis, la Via Jura 80 quitte l’axe routier qui entre en ville pour suivre sur un petit chemin goudronné la Sorne.
Elle continue un peu dans les quartiers périphériques, puis s’éloigne de la rivière, transitant près d’un collège.
Après le collège, elle tourne à angle droit et descend le boulevard jusqu’à la gare.
Un petit bout d’histoire, juste pour situer le Jura et Delémont. Le canton du Jura a appartenu successivement aux rois de Bourgogne, puis aux évêques de Bâle. Lors de la Réforme, l’évêque de Bâle est chassé du pouvoir et s’établira à Porrentruy, l’autre grande cité du Jura actuel, prenant le pouvoir sur tout le Jura actuel, le Jura bernois et le Laufonnais, où nous sommes passés la veille. La situation va perdurer jusqu’à l’éviction de l’évêque, en 1792, lors de la Révolution française. Ici, on proclame sans sourciller la République. Bien, voyons! Mais, sans sourciller non plus, en 1793, la France voisine annexe la nouvelle république et en fait un département français, nommé Mont-Terrible, avec comme capitale Porrentruy. Le nouveau département durera une dizaine d’années avant d’être rattaché au Haut-Rhin.

Arriva Napoléon qui mit une pagaille sans précédent en Europe. A sa chute, le Congrès de Vienne, en 1815, les pays vainqueurs et les autres États européens se réunirent, entre autres, pour redessiner les frontières et tenter d’établir un nouvel ordre mondial. Comme d’habitude, bien entendu ! On mit en avant la neutralité de la Suisse. C’est donc pour tout suisse une vielle histoire que la neutralité. Alors ici, on redessina aussi les frontières et le destin des gens du coin. Le canton du Jura fut attribué à la Suisse et en particulier au canton de Berne, pour compenser la perte par Bene du canton de Vaud. La suite, vous la lirez en allant vers Moutier, demain.

Toujours est-il que Delémont, avec ses 13’000 habitants, est aujourd’hui le chef-lieu du canton. On y trouve le siège du Parlement et du Gouvernement de la République et Canton du Jura. La Vieille Ville en est le centre historique, un quartier bien restauré, qui compte de nombreux édifices médiévaux, avec de belles façades. A noter aussi, les charmantes fontaines, de style Renaissance.

L’église Saint-Marcel date de la fin du XVIIIème siècle, hésitant entre le baroque et le classicisme. Elle a été rénovée vers la fin du siècle dernier. Les portes du bourg médiéval ont été aussi très bien retouchées. On y voit encore certaines murailles de l’enceinte de la ville.

Logements sur la Via Jura 80

 
Soyhières
Gîte religieux, repas, petit déj. Maison Chappuis, Route de France 23, Soyhières 032 422 01 24
Hôtel***, repas, petit déj. Hotel Le Cavalier, Route de France 22, Soyhières 032 422 20 07
Delémont
Gîte religieux, petit déj. Cantou part’âges, Rue de Morépont 5, Delémont 032 422 89 64
Chambre, petit déj. B&B Passifleur, Sous Maichereux 121, Delémont 032 422 37 48
Chambre, repas, petit déj. Auberge de jeunesse, Route de Bâle 185, Delémont 032 422 20 54
Chambre, repas, petit déj. Centre St François, Route du Vorbourg 4, Delémont 032 421 48 60
Hôtel, petit déj. Hôtel Ibis, Avenue de la Gare 37, Delémont 032 421 10 00
Hôtel**, petit déj. La Tour Rouge, Route de Porrentruy, Delémont 032 422 12 18
Hôtel***, repas, petit déj. Hôtel Restaurant  le National, Route de Bâle 25, Delémont 032 422 96 22

Pour les logements, les renseignements sont juste indicatifs. Les données du livre ne sont pas réajustées chaque année. Dès lors, les prix ou les numéros de téléphone peuvent changer. D’ailleurs une telle liste ne peut être exhaustive. Chaque année, certains établissements ferment, d’autres ouvrent. Si vous cherchez un logement via AirB&B, consultez Internet, AirB&B ne communiquant pas les adresses des logeurs. Dans les gîtes, parfois le petit déjeuner est servi. Dans les accueils jacquaires, les prix sont laissés à la liberté du pèlerin. Certains accueils jacquaires proposent aussi le repas et le petit déjeuner. Les législations ne permettent pas de donner les coordonnées de ce type de logement. Consultez les sites officiels agréés pour ces adresses. En Suisse allemande, de nombreuses chambres d’hôte vous reçoivent sur la paille, où dormir dans ces conditions est très recherché. De toute manière, il est très recommandé de réserver à l’avance, pour savoir si dans tous ces établissements, chambres ou hôtels, vous pouvez avoir le repas.

La liste ne dresse que les logements sur le chemin ou à proximité (moins de 1 km du chemin). Pour ce type de logement, consultez aussi les sites officiels du chemin. En Suisse, pour le liaisons depuis Bâle à Moudon, renseignez-vous auprès de “ https://www.jakobsweg.ch/fr/eu/ch/route/bale-jura-troislacs-fr/accommodation.pdf”