02: Herisau à Wattwil

Sur les douces montagnes du Toggenburg

Vos pas, aujourd’hui encore, sillonnent avec une détermination sans faille les douces ondulations des collines de la Suisse orientale. Tel un poème en mouvement, votre itinéraire traverse avec grâce le paysage ondoyant des cantons d’Appenzell Rhodes Extérieures, puis s’aventure dans les dédales du Toggenbourg, niché dans le canton de St. Gall, avant de s’épanouir à Wattwil. Ces contrées, berceau du jodel, cette forme musicale primitive et captivante, résonnent de mille échos. En Appenzell Rhodes-Intérieures, ce chant est baptisé “Rugguusseli”, dans les Rhodes-Extérieures, il se pare du nom de “Zäuerli”, tandis qu’au cœur du Toggenburg, il répond au doux appel de “Johle”. Il n’est pas simplement question de chanter, mais de transcender la voix humaine en une mélodie qui jaillit des profondeurs de l’âme. Les jodels s’étirent comme des plaintes mélancoliques, tissant des pensées en filigrane à travers les glottes. Ce sont des voyelles et des syllabes, vibrant entre voix de corps et voix de tête, un ballet sonore où le chant éclot à chaque coup de glotte. Lorsque le premier yodleur entonne sa mélodie, il est rejoint dans une improvisation polyphonique par les autres chanteurs, créant ainsi une symphonie d’émotions pures. Rustique et anguleux, le jodel demeure solidement ancré dans la culture montagnarde, un héritage précieux que chérissent les cœurs suisses.

Les collines se dessinent en douces courbes, les vallées profondes étirent leurs bras accueillants, tandis que les forêts, majestueuses, murmurent des secrets millénaires. Votre parcours, quittant Herisau, s’élève d’abord vers les sommets du Toggenburg, serpentant entre sous-bois et pâturages, côtoyant de fières fermes appenzelloises et saint-galloises. À chaque détour, le regard s’évade vers un panorama somptueux, offrant parfois, par la grâce d’une météo clémente, une vue imprenable sur la majestueuse chaîne de montagnes du Säntis. Plus loin, le parcours se fond dans le sombre mystère du Neckertal à St. Peterzell, où se dresse, tel un gardien du temps, un couvent séculaire, tandis que les façades des maisons bourgeoises témoignent d’un passé glorieux. C’est le pays des tavillonneurs, des maîtres artisans des bardeaux dont l’art se perd dans les brumes du temps. Mais c’est surtout, aux côtés d’Appenzell, le royaume des armaillis, gardiens infatigables des traditions, des chants et des coutumes ancestrales. Au cœur de ces contrées où bat encore le pouls authentique de la Suisse, il est parfois donné au voyageur d’embrasser le charme rustique des festivités locales, d’entendre le claquement des fouets résonner à travers les vallées, ou le doux tintement des cloches rythmer le temps qui s’écoule. Et comment ne pas succomber à l’enchantement musical du “Talerschwingen”, où une pièce de monnaie, tournoyant dans un seau, accompagne le jodel, ou à la mélodie envoûtante de la cithare du Toggenburg, un instrument sans note ni partition, révélant la pure essence de l’art musical ? Le week-end venu, peut-être aurez-vous le privilège d’entendre résonner le cor des Alpes, autrefois messager des vallées, aujourd’hui témoin d’un temps révolu. Les fermes, fières sentinelles de l’agriculture, ponctuent le paysage. Dans les hautes vallées de la Thur et du Necker, l’élevage prospère et le fromage règne en maître. Le Toggenburg, éminent producteur d’Appenzeller, célèbre également les délices du sbrinz et du tilsit. Et que dire du “Schüblig”, cette saucisse royale, délice gourmand taillé dans la chair tendre du veau ou du porc ?

Le chemin, jalonné de dénivelés vertigineux, se présente comme l’une des étapes les plus ardues du Chemin de Compostelle en Suisse. Non pas tant pour sa technicité, mais pour l’incessante ascension qui en marque le fil. La première partie du périple, exigeante, vous hisse vers des sommets où le ciel se confond avec la terre, avant de vous précipiter, tel un torrent impétueux, vers St. Peterzell, dans le creux du Neckertal. D’ici, le parcours serpente entre prairies verdoyantes et bois mystérieux, jusqu’à Scherrer, perché sur les hauteurs de Wattwil. La descente qui s’ensuit est une épreuve pour les genoux et les chevilles, une dégringolade vertigineuse vers les rues tortueuses de Wattwil.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.

Pour ce chemin, voici le lien :

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-herisau-a-wattwil-sur-la-via-jacobi-4-31775955

Difficulté du parcours : Le tracé de cette étape vous entraîne sur des dénivelés imposants, avec un gain de hauteur de +871 mètres et une descente vertigineuse de -1023 mètres. Il s’agit là d’une des portions les plus redoutables du Chemin de Compostelle en Suisse, non pas en raison de sa technicité, mais du fait de la constante inclinaison qui accompagne chaque pas. Dès les premiers pas, l’ascension se fait sentir, presque implacable, avec des pentes parfois vertigineuses atteignant jusqu’à 15 à 25 %. Tel un incessant ballet, le parcours vous guide à travers des montagnes russes naturelles jusqu’à atteindre Landscheide, la frontière entre les cantons d’Appenzell et de St. Gall. La descente qui s’ensuit est une véritable épreuve, vous conduisant à dévaler les flancs abrupts pour rejoindre St. Peterzell, niché dans le creux du Neckertal. De là, le chemin se fraye un passage entre prés verdoyants et bois mystérieux, grimpant vaillamment jusqu’à Scherrer, perché sur les hauteurs de Wattwil. Et c’est avec une descente aussi sévère que vertigineuse que vous achevez cette étape, plongeant vers les ruelles tortueuses de Wattwil.

État de la Via Jacobi : Dans cette portion du voyage, les tronçons asphaltés se font rares au profit des chemins :

  • Goudron : 9.3 km
  • Chemins : 14.3 km

Ce n’est évidemment pas le cas pour tous les pèlerins d’être à l’aise avec la lecture des GPS et des cheminements sur un portable, et il y a encore de nombreux endroits sans connexion Internet. De ce fait, vous trouvez sur Amazon un livre qui traite de ce parcours.

 

 

 

  

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur sur ces parcours. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.

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Pour les “vrais dénivelés ”et pour les passionnés de véritables défis altimétriques, consultez attentivement les informations sur le kilométrage au début du guide.

Section 1: Une rude montée à travers prés et forêt jusqu’au Hörnlipass.

Aperçu général des difficultés du parcours : pentes sévères et constantes, avec un dénivelé de plus de 200 mètres en moins de 3 kilomètres.

La Via Jacobi amorce son départ de Herisau en empruntant la pittoresque Schmiedgasse, tissant ainsi son chemin vers les méandres de la Glatt, enjambant gracieusement les voies ferrées.

Tel un fil d’argent serpentant à travers la vallée, elle traverse à deux reprises le lit de la rivière, s’immisçant au cœur d’antiques demeures, emblèmes typiques de la région.

Un sentier, parfois ardu, hissant ses pentes jusqu’à dépasser les 15%, s’érige alors dans l’herbe, épousant les contours de la colline.

Sur les hauteurs, la raideur s’adoucit, dévoilant Herisau qui s’étire majestueusement de l’autre côté du promontoire.

Le chemin verdoyant retrouve brièvement le macadam, juste en contrebas du modeste hameau de Büel, blotti parmi ses quelques fermes paisibles.

De là, une ascension s’étire sur une longue distance, souvent indulgente, tissant sa toile principalement à travers les pâturages.  

À mesure que l’altitude se fait plus imposante, la lisière forestière se dessine à l’horizon. Un dernier regard s’offre alors sur les hauteurs de Herisau, telle une révérence à son éclat.

Le chemin s’enfonce alors sous le couvert boisé, où le hêtre règne en maître parmi ses pairs. Si les chênes se font rares à ces altitudes, quelques érables et de robustes épicéas ponctuent le paysage. Il y a nettement plus d’épicéas que de sapins blancs aux altitudes où passe le chemin de Compostelle en Suisse.

Dans cette enceinte sylvestre où la pente se fait désormais plus clémente, un parcours de santé se profile, vestige d’une époque révolue, témoignant des modes passées. Ce genre de parcours qui a fait fureur plusieurs décennies auparavant, est aujourd’hui  le plus souvent déserté.

Le chemin poursuit son ascension, doucement incliné, jusqu’à déboucher sur une clairière paisible, telle une halte bienvenue dans cette communion avec la nature.

Prolongeant le flanc boisé, le marcheur s’immerge dans une palette de verts chatoyants, vibrant symbole de la Suisse alémanique. La forêt se dévoile alors, ses pentes modérées invitant à la quiétude.

Au sommet de cette havre de verdure, les épicéas prédominent, peuplant les sentiers et les collines avoisinantes.

Un banc, telle une offrande aux voyageurs épuisés, se dresse au sommet de la colline, à l’ombre d’un majestueux chêne. Nous ne sommes montés que de 150 mètres en altitude depuis la traversée du Glatt. Mais 150 mètres sur 2 km, ce n’est pas négligeable.

Plus haut, le sentier herbeux se faufile à Nieschberg, épousant le tracé d’une route qui se profile à l’horizon.

À l’horizon, le village de Schwellbrunn se dessine timidement, promesse d’une étape prochaine sur la Via Jacobi. Les vastes pâturages s’égrènent autour, ornés de solides fermes.

Ainsi, la Via Jacobi se détourne promptement sur un large chemin, mêlant terre et herbe, s’élançant vers les sommets. À l’horizon, les rangées d’épicéas déploient leurs cimes, surplombant des prés d’un vert si éclatant qu’on y devinerait aisément un terrain de golf.

Puis, le chemin se fond dans les herbages, musardant avec douceur, offrant au voyageur le réconfort de ses collines verdoyantes. La nature, dans toute sa splendeur, s’épanouit ici, généreuse et majestueuse. 

Vers le sommet, une petite route goudronnée se dessine, prenant le relais du chemin.

Elle atteint alors le col de Hörnli, humble sillon sur les flancs de la colline. On dit col ici, car la petite route redescend de l’autre versant de la colline ! 

La route, dévalant en pente abrupte, se dirige vers le village de Haschwendi. De part et d’autre du col, le paysage demeure exceptionnel, ponctué de douces collines verdoyantes.

Section 2 : Peut-être devinerez -vous le Säntis ?

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours casse-pattes, avec montagnes russes sévères.

La Via Jacobi ne s’étire pas jusqu’au village de Haschwendi. Elle se contente de frôler le hameau de Vollhofstatt, à proximité immédiate, dans une sorte de ballet éphémère.

Ici, une procession majestueuse de ces nobles créatures au pelage gris-beige, les Braunvieh, bloque l’avancée. Sur cette voie, la patience devient vertu première alors que le rythme de la marche se plie aux caprices bovins. Et les habitants de ces terres ne consentiront pas à précipiter le cours des choses. Ils règnent en maîtres sur leur domaine, que cela vous plaise ou non. Vous devrez patienter, d’ailleurs, le temps est votre allié.

La Via Jacobi remonte gracieusement vers la route asphaltée serpentant la colline. Là-bas, une pancarte timide indique une voie à travers les prairies. Cependant, sur ce chemin, une coutume prévaut : ouvrir et refermer les barrières électriques après passage. Mais ici, nulle trace de cet usage ! Ainsi, il vous faudra jouer les funambules sous le fil, dans le cas où les vaches paissent paisiblement. Les lois des campagnes dictent leur propre tempo. Les vaches priment toujours ! Pour le passage éphémère de trois pèlerins égarés !

Dans pareille situation, vous pourrez également opter pour l’ascension jusqu’à la ferme en suivant la route, puis bifurquer à droite en direction de la forêt, là où le sentier épouse la crête.

Le chemin se déroule ensuite le long de la crête, tantôt dans les sous-bois, tantôt en clairière. Les écoliers se dégourdissent, comme souvent en ces contrées germanophones. Ici, sous les hêtres et les épicéas, quelques rares châtaigniers, chênes ou érables parsèment le paysage.

Peu après, le chemin émerge à nouveau, offrant des horizons dégagés jusqu’à rejoindre Säntisblick, au croisement des chemins.

Cette région tient son nom de la vue imprenable sur la chaîne du Säntis, qui domine les Préalpes d’Appenzell au sud. Le Säntis, fière sentinelle des cantons d’Appenzell et de St. Gall, culmine à 2’500 mètres d’altitude.

Par la suite, le chemin poursuit son ascension sur la crête, d’abord sur sol battu, puis à travers les pâturages.

Un peu plus haut, près d’un espace de repos, se dessine Schwellbrunn. Schwellbrunn, telle l’Arlésienne de Bizet, se dévoile presque depuis le début du périple, mais reste hors d’atteinte, perchée sur une colline voisine.

Une grande partie du chemin se déploie ici sur le tapis d’herbe. Nul besoin de décrire l’extase ressentie en foulant cette verdure, parmi les vaches paisibles de Simmental ou les Braunvieh. 

Plus haut encore, le chemin rejoint une modeste route d’asphalte.

Ici, vous voici au lieu-dit Högg, perché à 1000 mètres d’altitude, juste au-dessus du village de Schwellbrunn, avec ses maisons aux toits pentus, comme autant de gardiens du ciel.

Depuis Högg, la montée vers la crête n’est pas achevée, et le sentier serpente à travers les pâturages, frôlant les bois du bout des doigts. 

Les écoliers des environs ont momentanément délaissé leurs souliers pour s’ébattre dans l’herbe, ou peut-être pour une leçon en plein air. Il convient de le mentionner. Une autre journée de sabbat dans la campagne ou les bois pour cette école encore.

Un sentier dévale ensuite la pente abrupte de la forêt de hêtres, parfois jusqu’à des inclinaisons supérieures à 25%.

À la lisière de la forêt, le chemin se faufile encore à travers les prairies jusqu’à l’auberge Hirschen, à l’entrée de Risi. 

Risi, village aux multiples facettes, regorge de hameaux. Le parcours se faufile au-dessus du carrefour, s’élevant vers les hauteurs où trône la Fondation Risi, dédiée aux soins et à l’hospitalité, puis redescend en direction du restaurant Landscheide. Pour épargner à vos jambes un rude périple, vous pouvez opter pour une route peu fréquentée menant à Dicken, St. Peterzell. La pente y est raisonnable, et vous passerez près du restaurant de montagne Sitz, à Hintere Risi, avant de redescendre sur Landscheide. Là-haut, sur la crête, file la Via Jacobi.

Section 3 : En passant par Chäseren, restaurant de pâturages et de hautes collines.

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours surtout en descente, mais non de tout repos, avec parfois de jolies pentes, surtout si vous êtes monté au-dessus de Risi.

Que vous ayez choisi l’itinéraire par la Via Jacobi au-dessus de Risi ou bien opté pour l’alternative le long de la route, votre périple vous mène invariablement au restaurant Landscheide.

De ce carrefour, un chemin s’élève gracieusement à travers les étendues verdoyantes.

La nature dévoile ici toute sa splendeur, offrant réconfort et émerveillement à l’âme, tandis que les fermes se blottissent harmonieusement contre les flancs des collines.

Au sommet de la petite colline, le chemin atteint le lieudit Höchi, à 1034 mètres d’altitude, où il rejoint une petite route de terre et d’herbe. Ici, vous quittez le canton d’Appenzell pour regagner celui de St. Gall. Peu importe ! L’herbe, toujours aussi accueillante, reste d’un vert éclatant. À perte de vue s’étendent de douces collines, ornées de bosquets d’arbres et de pâturages infinis, où les fermes isolées se fondent si bien dans la nature qu’elles semblent en être une extension naturelle.

Le parcours délaisse rapidement l’asphalte pour rejoindre les prairies. La pente fluctue, vous guidant sur une succession de montagnes russes, tantôt douces descentes, tantôt pentes abruptes.

Traversant les prés, le sentier rejoint finalement une étroite route bitumée aux abords du hameau de Hinterarnig.

La Via Jacobi n’épouse pas longtemps le bitume. Frôlant le hameau, elle se faufile gracieusement entre les prés, accompagnée du paisible murmure des vaches grises…

…avant d’amorcer une nouvelle descente. Elle suit le tracé de cette modeste route qui sert les fermes environnantes.

Poursuivant sa descente à travers les prairies…

…le chemin retrouve ensuite la petite route goudronnée serpentant sur la colline.

Cette route pittoresque traverse les charmants hameaux de Lindschwendi, où de magnifiques fermes semblent figées dans le temps. Certaines, témoins d’un passé lointain, interrogent sur les siècles qui ont vu naître leurs murs. D’autres, marquées par les ravages du temps, arborent une beauté rustique, leurs façades bardées de tavillons. Ici, le bois soigneusement empilé devant chaque demeure semble presque sacré, tant il est disposé avec une régularité presque artistique. Admirer ces merveilles façonnées par les mains des ancêtres serait un plaisir infini, mais le pèlerin doit atteindre son étape avant que la nuit ne tombe.

La route mène alors au paisible hameau de Chäseren, une auberge qui offre gîte et couvert. Si vous avez la chance de passer par ici, vous constaterez à quel point ces modestes restaurants de montagne sont pris d’assaut par les habitants du cru, d’autant plus qu’ils sont facilement accessibles en voiture. Tout au long de la semaine, ces établissements sont pris d’assaut, embaumant l’air de délicieuses effluves de schüblig et de fromage. Il ne manque plus que les joyeux jodleurs, peut-être lancés à plein gosier après quelques gorgées de Kräuter, ce digestif aux arômes herbacés et épicés.

Le jodel, cette tradition bien ancrée, résonne avec encore plus de force en Appenzell qu’en Toggenbourg, mais ces deux régions sont comme des sœurs jumelles. Ainsi, si vous avez la chance, vous pourriez assister à l’une de ces festivités populaires, que ce soit dans les auberges de montagne ou lors de la montée aux alpages. Le Talerschwingen (faire résonner une pièce dans une jatte) se marie parfaitement avec le jodel, créant une harmonie parfaite dont le bourdon de la jatte constitue l’accompagnement idéal. Bien qu’il n’existe pas de son prédéfini pour la jatte, celui qui se rapproche le plus de l’apprécié est semblable au tintement des cloches. Et si vous n’avez pas de jatte, vous pouvez toujours vous essayer au Schölleschött, un geste synonyme du tintement des lourdes cloches des vaches, ébranlées par un mouvement rythmique. Cette pratique s’accorde également à merveille avec le jodel et le kräuter. Les habitants de ces contrées aiment à chanter, parfois jusqu’à l’exaltation. Les couplets s’enchaînent, et bientôt tous reprennent en chœur le refrain yodlé. Ainsi, l’auberge se transforme en un chœur de jodleurs. Malheureusement, lors de notre passage, le seul bruit perceptible était celui des fourchettes s’affairant.

Depuis l’auberge, une route dévale légèrement entre les fermes, sillonnant la campagne environnante. 

Bientôt, la Via Jacobi abandonne la route pour un sentier de terre qui s’enfonce presque à plat à travers les prairies, longeant le bois.

Section 4 : Sankt Peterzell, le bijou du Neckertal.

Aperçu général des difficultés du parcours : un vrai gymkhana, avec des pentes très sévères, vous attend pour descendre dans le Neckertal et en ressortir.

À travers les méandres de la Via Jacobi, se dessine l’histoire ancestrale des contrées qu’elle traverse. Dans l’atmosphère paisible du hameau d’Aemisegg, se profile une hospitalité rustique, où le voyageur trouve refuge. Ici, un représentant de ces rustiques “Sennenstreifen” orne un mur, narrateur muet des traditions immuables. Les peintures paysannes, héritage des terres d’Appenzell et du Toggenburg, résonnent en écho avec leurs homologues fribourgeois, témoignant de l’art séculaire des alpages. Depuis le XVIe siècle, ces fresques vivantes, ornant boiseries et seaux à traire, capturent l’essence même de la vie rurale. Les montées vers les alpages et les désalpes, mises en scène par les pinceaux des artistes dominicaux, exaltent la fierté des éleveurs, dévoilant le fruit de leur labeur à travers les méandres de l’art. Ainsi, l’âme des campagnes s’épanche en tableaux, s’invitant même dans les demeures bourgeoises, perpétuant ainsi l’héritage des vallées.

Dans le dialecte fribourgeois, ces œuvres sont baptisées “poya”, évoquant en deux syllabes la magnificence des ascensions alpestres. L’épopée des alpages, immortalisée sur les façades des fermes, prend racine au début du XIXe siècle, ajoutant une nouvelle dimension à la richesse artistique des contrées fribourgeoises. Il serait impie de ne point dévoiler les détails de ces rituels ancestraux, des montées altières aux désalpes festives, qu’elles se déroulent dans les cantons orientaux, bernois, fribourgeois ou valaisans. Ainsi, pour les âmes en quête d’émerveillement, esquissons un tableau fugace, une danse alpine capturée dans l’éphémère.

Chaque canton, chaque vallée révèle son cortège de coutumes, un kaléidoscope d’us et coutumes tissant la trame vivante des alpages. Au rythme du printemps, dans les prairies d’or, chèvres et vaches s’alignent, prêtes à la transhumance, sous la houlette des bergers, maîtres de cérémonie chamarrés. Les cloches des troupeaux, telles les notes d’un orchestre symphonique, résonnent dans l’air pur des cimes, accompagnées des chants des armaillis, gardiens émérites de la tradition. Le cortège, mené par le propriétaire des lieux et son fidèle compagnon canin, sillonne les sentiers escarpés, ponctuant son périple de haltes bienvenues dans les auberges d’antan, offrant au voyageur ébloui le doux écho d’un jodel généreux.

Aux désalpes, la scène se répète, telle une ode à la nature généreuse.

La descente vers le lieudit Berg s’entame, offrant un ballet incessant de décors bucoliques.

Cependant, ici gît un piège sournois, défiant l’innocence du marcheur. En des temps de fauches, le chemin se dissimule sous le manteau des foins coupéss, déroutant les plus avisés. Un panneau fantaisiste, affiché en contrebas, égare les pas, invitant à une descente abrupte vers une impasse illusoire. Seule une vigilance acérée saura percer le mystère, dévoilant le véritable sentier. Ah, les panneaux trompeurs ! Ah, les énigmes champêtres qui jalonnent nos routes ! Mais au détour de l’attention, se dévoile le chemin au bord du bois, de l’or étincelant des signes jaunes, guides fidèles des pérégrinations.

Dans l’intimité du sous-bois, le chemin s’égare, caressant l’écorce des érables et des hêtres, murmure mélodieux dans l’écrin de verdure.

Soudain, l’horizon s’éclaircit, et une route pavée se profile, telle une invitation à poursuivre l’aventure.

Aux portes du village, l’émerveillement prend racine, annonçant la découverte d’un joyau préservé. 

La silhouette élancée du clocher se dessine, offrant au regard le symbole d’une foi immuable.

Et là, éclate la majesté du cloître bénédictin, havre de sérénité au cœur de la vallée.

Les demeures pittoresques, aux pignons altiers, ornées de peintures baroques, tissent la toile vivante d’un village d’exception. Jadis, Sankt Peterzell, bastion sur le chemin de Compostelle, abritait un monastère bénédictin, témoin séculaire d’une spiritualité enracinée. Depuis le XIIe siècle, les moines y imprimaient leur sagesse, façonnant l’âme du lieu jusqu’au seuil du XIXe siècle. Aujourd’hui, l’église baroque, dédiée à St Pierre et St Paul, résonne des murmures d’une foi partagée. Témoin d’une époque révolue, elle fut longtemps le symbole d’une coexistence harmonieuse, où catholiques et protestants se côtoyaient sous un même toit. Héritage singulier des terres de St-Gall et de Thurgovie, cette “Simultankirche” incarne la richesse spirituelle d’une région plurielle. Ainsi, au fil des siècles, les murmures de la foi se sont élevés, modelant les contours d’une identité partagée, ancrée dans les pierres séculaires.

Au cœur du prieuré, la Maison du Silence se dresse, sanctuaire de quiétude où les âmes en quête de répit trouvent refuge. Lieu de recueillement, ce havre serein, géré par une main bienveillante, accueille pèlerins et voyageurs dans un écrin de paix. Car ici, au carrefour des chemins, se croisent les destins, tissant la trame vivante d’une spiritualité en marche. C’est aussi ici qu’une autre variante du Chemin de Compostelle, qui part de Feldkirch en Autriche et transite par Appenzell rejoint le chemin principal à travers la Suisse.

À Sankt Peterzell, la Via Jacobi franchit le Necker, serpentant à travers les vallées enchanteresses du Neckertal.

Un sentier escarpé s’érige, défiant la pente abrupte, tel un défi lancé aux pas intrépides.

Sur son chemin, la majestueuse maison Zum Bädli se dresse, vestige d’un temps révolu, témoignant de la générosité des anciens, qui offraient jadis le gîte aux pèlerins. C’est peut-être bien la plus belle maison ancienne de Suisse.

Au détour de la route, résonnent les chants virils des chœurs d’hommes, emblèmes vivants d’une tradition immuable.

Plus loin, s’étend la lande, où les fermes de Hofstetten déploient leur charme rustique, célébrant l’authenticité des terres fertiles.

En Suisse orientale et centrale, les fermes à colombages et les balcons fleuris, tels des joyaux enchâssés, racontent l’histoire vivante des campagnes. . Le géranium est roi en Suisse allemande, comme le sont les nombreux nains qui dorment dans les jardins et les pelouses.

Du hameau, une route asphaltée dévale vers les méandres du vallon, tel un ruban d’asphalte caressant les rives verdoyantes.

Là, au creux du vallon, le murmure du ruisseau de Schlattbach accompagne le marcheur, symphonie cristalline dans l’écrin de la nature.

Section 5: Quelques yoyos de plus dans la campagne du Toggenbourg.

Aperçu général des difficultés du parcours : le gymkhana se poursuit, avec souvent des pentes assez sévères, presque toujours en montée.

Le chemin s’élève peu gracieusement depuis les murmures du ruisseau, se faufilant à travers le sous-bois de feuillus. Ici, les imposantes barres de béton, soigneusement placées sur les cailloux, semblent moins destinées à faciliter la progression des marcheurs et des pèlerins qu’à prévenir tout embourbement des engins agricoles.

Émergé du bois, le chemin s’étire dans l’herbe, toujours ascendant, cheminant longuement entre les fermes solitaires de Niederwil.

Plus haut encore, le bitume se dévoile à nouveau, sur une pente audacieuse.

Plus loin, la terre foulée réapparaît dans les prés, ponctuée de fermes isolées çà et là.

Puis, la Via Jacobi s’égare à travers les méandres de Niederried. Ici, les limites floues des hameaux se confondent. Un sentier dévale dans l’herbe, à travers un bosquet d’épicéas.

Franchissant le ruisseau de Niderwillbach au cœur du bois de hêtres, il s’élève abruptement à travers les prairies.

Peu après, la Via Jacobi atteint Heiterswil. Une modeste auberge gourmande se dresse à proximité, sur l’artère reliant Sankt Peterzell à Wattwil. Là, le chemin prend un virage droit vers les bois.

À travers les pâturages, le sentier s’efface parfois lors des fauchaisons, laissant les voyageurs à leur propre discernement. Pas de guide local pour indiquer le chemin. Heureusement, un banc rouge trône à l’orée de la forêt, telle une sentinelle bienveillante. On se prend à penser naïvement qu’un banc ne se dresse pas seulement pour l’esthétique. En effet, c’est par là que le chemin se trace. Au sommet du pré, une ascension abrupte attend les courageux.

Pause bien méritée sur le banc pour reprendre souffle et contempler le panorama vallonné.

Le chemin se fait encore raide aux premières enjambées du sous-bois, puis s’adoucit, longeant quelques modestes résidences secondaires.

Une route goudronnée serpente alors vers le sommet de la crête, à Scherrer, en direction du convoité restaurant Churfisten.

Il convient de souligner ici que ce restaurant d’altitude est également prisé par les autochtones. À première vue, l’ennui semble banni de ces lieux.

La route grimpe encore légèrement au sommet de la colline, avant de céder la place à un sentier sinueux au cœur des pâturages.

Peu après, une route de terre dévale vers les modestes demeures d’Eschenberg. Face à vous se dressent les collines et les modestes sommets du Toggenburg.

Section 6: Un toboggan pour Wattwil.

Aperçu général des difficultés du parcours : descente très raide, de plus de 300 mètres de dénivelé sur Wattwil. 

Du sommet verdoyant d’Eschenberg, la descente vers Wattwil s’annonce comme une promesse de vertiges et de découvertes. Tel un écho des murmures célestes, le chemin serpente gracieusement, délaissant le bitume austère pour se lover dans les doux replis des prairies ondoyantes. Wattwil, telle une énigme enracinée dans la terre, émerge au loin, une constellation de toits rouges ourlés de lumière. La quiétude de la nature caresse l’âme du voyageur, même si ses genoux, complices du dénivelé croissant, expriment leur désarroi.

Au détour de cette descente enchanteresse, les yeux s’abreuvent de l’image saisissante de fermes ancestrales, gardiennes du temps et de traditions immuables.

Le goudron, brièvement intrusif, se soumet bientôt à la primauté de l’herbe sous les pas. L’âme du paysage danse entre passé et présent, entre modernité et éternité.

Plus bas, les fermes de Schwantleregg se dressent alors telles des divinités parées de leurs plus beaux atours floraux, offrant aux regard le spectacle enivrant de leurs façades fleuries, tels des joyaux nichés dans un écrin de verdure.

Puis, comme une mélodie familière, l’herbe reprend ses droits, déroulant le tapis vert jusqu’à une imposante ferme, sentinelle solitaire. Une symphonie de géraniums s’épanouit à tous les étages, offrant au regard ébahi une leçon d’harmonie entre l’homme et la nature.

Peut-être la plus belle ferme rencontrée jusqu’ici sur le chemin, avec forte profusion de géraniums à tous les étages. Cette demeure, joyau d’un passé glorieux, incarne la quintessence de l’architecture traditionnelle, où bois et pierre entrelacent leurs destinées dans un élan de perpétuelle réinvention. Là où d’autres voient des murs, des fenêtres et des toits, le voyageur discerne le récit intemporel d’une civilisation enracinée dans la terre nourricière.

Depuis la ferme, la Via Jacobi, telle une muse capricieuse, épouse alors le tracé sinueux d’une petite route goudronnée, offrant au marcheur une parenthèse de répit avant de plonger à nouveau dans les méandres vertigineux du paysage.

Et c’est dans cette valse perpétuelle entre monts et vaux, entre ombre et lumière, que Wattwil se profile à l’horizon, tel un mirage enchanteur s’éveillant dans la douce nature. La cité, tel un joyau poli par le temps, émerge peu à peu de la toile de fond, offrant au voyageur l’ultime récompense de son périple.

Plus la descente s’intensifie, plus la silhouette familière de Wattwil prend de l’ampleur, s’épanouissant tel un lotus au cœur de la plaine fertile. Chaque pas vers l’abîme révèle un peu plus la grandeur tranquille de la cité endormie.

Le parcours arrive bientôt près du hameau de Tüetlisberg.

Alors, la descente s’accentue, comme pour mieux exalter l’ivresse du vertige. Dans cette chute libre vers l’inconnu, le voyageur se délecte de chaque sensation, offrant son âme au souffle enivrant de l’aventure.

A l’approche de la plaine, un sous-bois prend la place des prairies, mais la pente ne varie guère, au milieu des hêtres et des feuilles mortes. Dans l’ombre complice des bois touffus, la pente escarpée semble se jouer des lois de la gravité, invitant le marcheur à une danse effrénée entre hêtres majestueux et feuilles mortes craquantes. Cela doit être un vrai plaisir de glisser ici sur l’herbe mouillée. A nettement plus de 30% de pente Par bonheur, des escaliers, telles des mains secourables, offrent un répit bienvenu dans cette descente vertigineuse.

Et enfin, tel un marin revenant au port après de longs mois en mer, le marcheur émerge de la forêt, laissant derrière lui l’ombre protectrice des arbres pour embrasser la lumière de Wattwil. Tout là-haut, loin des rives paisibles de la Thur, le château se dresse en gardien vigilant, veillant sur la cité. 

La Via Jacobi, fidèle compagne de route, achève sa course folle en enjambant les eaux tumultueuses de la Thur, offrant au voyageur un dernier regard empreint de nostalgie. Wattwil dévoile ses charmes au fil de l’eau.

Ici, la Via Jacobi remonte la Thur jusqu’à un petit pont piétonnier. Plus loin, il faut tourner à gauche pour gagner le centre du bourg.

Wattwil (8’400 habitants) est le plus grand bourg du district du Toggenburg, dans le canton de St Gall. La vie, se concentre sur le grand axe routier, près de la gare.

Logements sur la Via Jacobi

      • Sébastien Martin, Dorf 42, Schwellbrunn; 071 351 54 51 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • Ruedi & Priska Frehner, Am Stein, Schwellbrunn ; 071 351 72 76 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • B&B Gästehaus Rössli, Schwellbrunn ; 071 489 23 75 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • Gästehaus Fuchsacher, Egg79, Schwellbrunn ; 071 371 11 66 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • Gasthaus Kreuz, Egg79, Schwellbrunn ; 071 351 42 14 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • Hôtel Garni Traube, Brisig 209, Schwellbrunn ; 071 350 00 35 ; Hôtel
      • Gästehaus Hirschen, Risi; 071 571 30 38 ; Hôtel, repas, petit déj.
      • Restaurant Landscheide, Landscheidi; 071 351 23 75 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • Hôtel & Restaurant Chäseren, Schönengrund; 071 361 17 51 ; Hôtel, repas, petit déj.
      • Wohngemeinschaft Margrit Knaus, Aemisegg; 071 377 11 42 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
      • Gasthaus Hörnli, Bunt 15, Sankt Peterzell ; 071 377 11 30 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • B&B Kutzelmann, Oberer Baumgarten 23, Sankt Peterzell ; 071 377 11 04 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • Landgasthaus Schäfle, Dorf 20, Sankt Peterzell ; 071 377 12 20 ; Hôtel, repas, petit déj.
      • Landgasthof Rössli, Dorf 27, Sankt Peterzell ; 071 377 18 00 ; Hôtel, repas, petit déj.
      • Hôtel Churfirsten, Scherrer; l071 988 12 84 ; Hôtel, repas, petit déj.
      • Daniel Raillard, Näppis-Ueli Strasse 16, Wattwil ; 071 988 28 61 ; Accueil jacquaire, petit déj.
      • Pilgerherberge Fritsche Lärchenrain 5, Wattwil; 071 988 46 30 ; d’hôte, petit déj.
      • Esther Bruderer, Wisentalstrasse 2, Wattwil; 071 988 45 41 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • Fazenda da Esperanza, Klösterli, Wattwil; 071 985 04 50 ; d’hôte, repas, petit déj.
      • Hôtel Schäfle, Wilerstrasse 6, Wattwil; 071 988 34 04 ; Hôtel, repas, petit déj.
      • Restaurant National, Näppisuelistrasse 10, Wattwil ; 071 988 11 21 ; Hôtel, repas, petit déj.
      • Hôtel-Restaurant Löwen, Ebnaterstrasse 55, Wattwil ; 071 988 51 33 ; Hôtel***, repas, petit déj.

Il est facile de trouver un logement sur cette étape. Il existe de nombreux lieux pour faire une pause ou se restaurer tout au long du parcours. À l’arrivée en ville, vous trouverez tous les commerces nécessaires. Cependant, il est conseillé de réserver à l’avance par précaution.

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