04a: Rapperswil à Einsiedeln

Einsiedeln, le haut lieu du pèlerinage en Suisse

 

DIDIER HEUMANN, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Aujourd’hui, après avoir cheminé longuement sur l’extraordinaire pont de bois qui enjambe la baie du lac de Zürich, nous allons marcher sur les traces de Meinrad, un moine qui vécut au XIème siècle, d’abord sur les hauteurs d’Einsiedeln, où passe le chemin, avant de rejoindre et développer la future Einsiedeln. Le couvent d’Einsiedeln fait partie des lieux religieux qui accueillent un nombre important de visiteurs. Chaque année, plus de 500’000 pèlerins y viennent du monde entier voir et vénérer la vierge noire. C’est aussi ici qu’est né, au milieu des vaches grises de la Suisse primitive, le grand et étonnant Paracelse, à la fois philosophe et alchimiste, grand précurseur de la médecine qui viendra plus tard celle d’aujourd’hui.

Les paysages et la vie champêtre sont ici d’une majesté à vous couper le souffle.

Le dénivelé positif est important pour une si courte étape (+676 mètres/-173 mètres). C’est une balade jusqu’à Pfäffikon, puis c’est une étape difficile jusqu’au col d’Etzel. La montée sur Luegeten est assez terrible, avec des inclinaisons jusqu’à 30%. Alors, la pente devient souvent un peu moins sévère, mais cependant avec quelques bosses assez exigeantes, avec des pentes dépassant les 20%. Depuis le col d’Etzel, le chemin redescend assez régulièrement sur la Sihl, pour remonter, parfois assez rudement, sur les hauteurs d’Einsiedeln. La descente sur la cité ne pose aucun problème.

Dans cette étape, les parcours sur le goudron dépassent les parcours sur les chemins:

Goudron: 9.8 km

Chemins: 6.2 km

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-rapperswil-a-einsiedeln-par-la-via-jacobi-4-31971928

Section 1: Une grandiose et étonnante promenade sur le lac.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: de la balade.

La Via Jacobi quitte Rapperswil depuis la rade, repasse sous la route et la voie de chemin de fer pour se retrouver rapidement devant le pont de bois qui traverse le lac.
Le pont, paradis des joggeurs au petit matin, passe rapidement devant la chapelle dite Heilig Hüsli, datant de l’année 1551, reposant sur l’unique pilier en pierre du pont.
Ce pont est juste une petite merveille. Il traverse une bonne partie du lac, au milieu des roseraies. L’eau du lac est parfois si claire que l’on voit nager les poissons. Le duc Rudolf IV d’Autriche, le souverain de Rapperswil, fit construire le premier pont en bois entre Rapperswil et Hurden vers 1358, peut-être pour les pèlerins, mais aussi pour des raisons commerciales. En 1878, on érigea une digue qui servit à faire passer le nouveau pont, et plus tard la voie de chemin de fer.
Un peu plus loin, le pont rejoint la digue. Devant vous s’étale au loin le lac de Zürich.

Sur ce miracle des hommes, il y a des pêcheurs, mais aussi des rêveurs qui n’en finissent pas de s’extasier devant le panorama qui leur est offert.

La via Jacobi suit un moment la digue avant de se diriger vers la terre ferme.
Le parcours passe alors à Hurden, petit village de villégiature et de résidence au bord du lac.
Il faut le dire. Quand on a eu le privilège de flâner sur les planches de bois du pont, à partir de Hurden, ce n’est plus du tout la joie, le plaisir et la plénitude. Jusqu’à la gare de Pfäffikon (7500 habitants), ce ne sera pas le parcours le plus excitant de la journée. Il faut compter une petite demi-heure pour y arriver. Il faut traverser la digue étroite, partager la piste cyclable, au milieu de la circulation. Nous sommes maintenant dans le canton de Schwyz et Pfäffikon se rapproche.

Le seul beau panorama est quand le lac se fusionne des deux côtés du pont.

Section 2: Une sérieuse bosse vers Luegeten.

Aperçu général des difficultés du parcours: regardez le profil, vous ne serez pas déçu. Dès la sortie de Pfäffikon, c’est 100 mètres de dénivelé par kilomètre.

A un moment, on peut passer de l’autre côté de la route et longer la voie de chemin de fer. Mais, on peut tout aussi bien rester sur la route jusqu’à la gare. De toute manière, il faut gagner la gare, dans une ville qui n’est pas la plus belle de la région. C’est avant tout une ville où affluent les sociétés. Ici, les taxes pour les compagnies sont voisines de 10%. Le bonheur total, non? Alors tant pis, on habitera plutôt à Rapperswil.
Près de la gare, la Via Jacobi part vers le haut de la ville, en direction de l’Etzelpass.
Le parcours se faufile jusqu’à la sortie de la ville entre escaliers et rues étroites, au milieu des maisons récentes, plus rarement anciennes.
Un petit chemin traverse alors les prés dans la campagne. Les fermes sont de retour.
La Via Jacobi atteint alors le lieudit Im Gräfi la route qui monte au col. Là, elle traverse l’autoroute.
Ici se profile une montée très raide vers Luegeten sur un petit chemin qui serpente dans les prés. Un vrai bonheur, ou cauchemar, c’est selon, vous attend ici.
Pour reprendre votre souffle, vous pouvez vous retourner pour admirer la vue sur le lac jusqu’à Rapperswil.
La pente ici est vraiment sévère, et quand elle excède 30%, des petits escaliers aident le marcheur.
Durant toute la montée, on perçoit le brouhaha de l’autoroute au-dessous. Les bruits montent, c’est bien connu, et troublent le physique et le moral du marcheur. Presque au sommet de la colline, on aperçoit Luegeten au-dessus. Quand la pente est raide, il est souvent mieux de se retourner pour voir le chemin parcouru, et non pas lever les yeux vers le haut, pour voir la tâche qui reste à accomplir, non?
Encore quelques petits escaliers, et le chemin rejoint la route du col à Luegeten. Sans doute, une délivrance pour beaucoup d’entre nous!
Luegeten, c’est presque exclusivement un restaurant panoramique, où suisses et étrangers du bassin zurichois et st-gallois se pressent. Ces gens-là viennent en voiture, et ici on entend toutes les langues.

Mais la terrasse est bienvenue, évidemment. De là-haut, on peut jeter un dernier coup d’œil sur le lac de Zürich.

Ici, à Luegeten, le panneau montre que nous sommes en même temps sur la via Jacobi 4 et la Via Jacobi 84. C’est vrai et faux en même temps. La vraie Via Jacobi 4, que nous suivrons dans l’étape annexe ne passe pas ici. Mais, c’est le Chemin de Compostelle des gens qui ont passé par Rapperswil, la majorité.

La Via Jacobi monte un peu sur la route du col d’Etzel avant de trouver un petit chemin qui s’en va dans la forêt.
Le chemin coupe un peu plus haut la route du col qui a fait un virage.
Dans la forêt, un peu plus haut, la nature se fait magie. Les pieds buttent sur les racines tentaculaires des hêtres. Ces arbres aux racines peu profondes, jouent aux pieuvres et étendent leur bras qui serpentent sur le sol, comme des gorgones. Un vrai régal pour les cyclistes du dimanche!

 

Non loin, le petit ruisseau du Sumelenbach coule ici dans la forêt. Le chemin atteint bientôt une grande clairière.
Nous sommes au lieudit Schnäggenburg où passe aussi la route vers le col. Ce n’est pas la route d’Einsiedeln. Ce n’est qu’une petite route de montagne étroite, utilisée par les amateurs de montage pour aller au col d’Etzel. D’ici, on peut rejoindre aussi le vraie Via Jacobi 4 qui vient de Siebnen, mais il n’y a aucune raison d’y aller.

Le chemin monte encore en lisière de forêt.
Puis, il retourne en forêt. Avec leurs imposantes silhouettes, leurs branches qui se parent de lichens, les troncs des hêtres s’élèvent très haut dans le ciel, comme des cathédrales gothiques, et entrecroisent leur ramure avec celle des sapins blancs et des épicéas, qui ne veulent pas faire partie de la revue. Progressivement, la pente se fait moins rude.
Nous sommes dans la forêt de Bannwald, et bientôt un petit refuge apparaît dans une clairière, au milieu des épicéas.
Nous sommes alors au refuge de Gruebi, construit en 2016 près de la forêt de Bannwald. Ici, on trouve du bois coupé, des allumettes et même une scie pour couper le bois. Les gens d’ici sont assez exceptionnels.

Tout à côté, un autre cabanon rempli de charme, où butinent les abeilles.

Section 3: Tout là-haut au col, chez le bon saint.

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours: le chemin monte encore, sec, vers le col, puis redescend en pente assez douce vers la Sihl, avant de retrouver de la hauteur, avec quelques pentes pas piquées des vers, non plus.

Nous ne sommes pas très éloignés du col. La pente se fait, pour un moment, moins rude dans la forêt où, avec l’altitude, règnent alors les épicéas. De nombreux petits ruisselets provenant du Giessenbach coulent ici, bien qu’il soit difficile d’en déterminer un parcours précis.

Ici encore, des indications montrent des possibilités de rejoindre l’autre chemin. C’est d’ailleurs un peu plus haut qu’arrive aussi la variante de la Via Jacobi 4, qui ne passe pas à Rapperswil, et qui vient de Schmerikon, via Siebenen.

A la sortie du bois, le chemin passe tout près de la route du col. Ce n’est pas une route encombrée, car l’axe du lac de Zürich vers Einsiedeln ne passe pas par ici. Le chemin passe près de barrages anti-char, construits au siècle dernier, quand l’armée suisse était, en nombre, une des plus importantes d’Europe. Mais quelle armée ennemie aurait-elle été se balader là-haut?
Bientôt, St Meinrad apparaît au sommet de la montagne.
Encore un petit talus très raide, et la Via Jacobi atteint le col d’Etzel, à 928 mètres d’altitude. Nous sommes montés plus de 500 mètres depuis le lac.
La chapelle de St. Meinrad, érigée à la fin du XVIIème siècle, et l’auberge attenante (modifiée depuis) auraient été construites là où vécut au IXème siècle Meinrad, un moine de Reichenau, avant de rejoindre et développer la future Einsiedeln. Deux corbeaux vivaient près de l’ermite. Selon la légende, Meinrad aurait été assassiné par deux voleurs. L’emblème héraldique d’Einsiedeln représente deux corbeaux.

On peut aujourd’hui réconforter son âme à la chapelle et son corps à l’auberge. La terrasse du restaurant plonge sur la vallée d’Einsiedeln en dessous. On peut même y loger.

La Via Jacobi redescend du col sur la route, dans un paysage agréable au possible. Une vraie carte postale de la Suisse, avec tout ce qu’il faut: des fermes, de l’herbe verte, des vaches, et des montagnes qui guignent à l’horizon.
La route passe un peu plus bas devant une exploitation de sapins de Noël.
La route descend, au milieu des prés et des vaches, jusqu’à trouver l’hôtel Krone, près du pont sur la Sihl.

C’est ici (mais pas à l’hôtel Krone), qu’est né en 1493 Paracelse, né Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim. Il passa sa vie surtout à Salzbourg, où il y mourut. Ce fut un médecin-chirurgien innovateur en thérapeutique, doublé d’un grand philosophe, initiant le tournant de la médecine galéniste, centrée sur les quatre humeurs, vers la médecine moderne basée sur la biochimie, en déstabilisant les édifices galénique et aristotélicien et en ouvrant la voie à la physiologie expérimentale. La pensée de Paracelse est le point de départ du long processus de séparation de la chimie de l’alchimie. Les travaux de nombreux savants sur deux siècles et demi permirent de se libérer des excès métaphysiques de Paracelse et en s’appuyant sur les expériences de laboratoire pour aboutir à la révolution chimique de Lavoisier au XVIII ème siècle.

C’est quand même étonnant de retrouver Paracelse ici, au milieu des vaches grises de la Suisse dite primitive!

 

La Via Jacobi traverse le Pont du Diable, un magnifique pont en pierre avec sa toiture en bois, qui date de 1700. On le construisit pour descendre les pierres de la carrière d’Etzel vers Einsiedeln pour la construction du nouveau monastère. Le passage du pont était un cap important pour les anciens pèlerins de Compostelle.

La Sihl naît dans les montagnes du canton de Schwyz, traverse le lac du même nom près d’Einsiedeln, et se jette dans la Limmat, à Zürich. A voir, cela ressemble à une rivière assez tumultueuse.

Ici, on fait un peu de publicité pour l’hôtel St Joseph à Einsiedeln, l’hôtel des pèlerins.

Après le pont, la Via Jacobi remonte un peu la route vers les rares maisons du hameau de Meieren, mais ne reste pas longtemps sur l’axe. Assez rapidement, elle bifurque dans les prés.
Elle traverse un petit ruisseau, affluent de la Sihl, et monte modérément dans un sous-bois, où se dressent surtout des feuillus, dont des frênes et des hêtres. Les petites vaches grises vous regarderont certainement passer avec bienveillance. Ces vaches ne sont pas agressives.
Puis, à travers prés sur une pente sévère, la Via Jacobi rejoint un chemin plus large qui va monter plus doucement vers le sommet de la colline. Les paysans ont droit, ici aussi, à leur voie carrossable pour leurs tracteurs. Allez ! On dira qu’on comprend, étant donné l’inclinaison des prés ici.
Un peu plus haut, une petite route mène aux fermes de Chlammeren.

Ici une buvette ne sert pas uniquement à se restaurer, proposant aussi des produits de beauté artisanaux. Que du bonheur pour le marcheur!

Section 4: En descente sur Einsideln, le monastère de Meinrad.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté, bienvenu après l’épreuve.

La route monte encore très légèrement pour atteindre un haut plateau. Devant soi, dans la chaîne de montagnes, on aperçoit les deux bosses que font les Mythen. Le chemin y passe demain.

Nous atteignons le lieudit Höchmatt (prairie haute). Nous sommes ici à la même altitude qu’au col d’Etzel. Le panneau annonce Einsiedeln à environ 1 heure de marche.

 

La Via Jacobi entame une descente très légère sur la route, l’ancienne route du col d’Etzel. A l’horizon, on aperçoit le lac de Sihl, un grand lac de montagne où passe la rivière, et Einsiedeln au fond de la cuvette.
Sur le chemin, un mémorial rappelle la mémoire de 3 braves tombés ici en 1766 sous l’épée des bourreaux.

La route se rapproche du lac de Sihl, mais n’y va pas.
On s’approche d’Einsiedeln et les signes religieux se multiplient sur le chemin.
Alors la pente augmente un peu sur la route.
Einsiedeln est encore protégée aujourd’hui par une barrière antichar. On constate que la cité s’étend dans une large plaine, avec à l’horizon les Mythen.
La Via Jacobi arrive alors à Einsiedeln, sur l’Alte Etzelstrasse, mais nous sommes encore assez éloignés du centre de la cité.
Il y a encore un peu de campagne ici.
La route longe une partie assez neuve de la cité, sans grand caractère, dirons-nous.
Elle se rapproche de l’abbaye, croisant la Chapelle St Gangulf, qui date du début du XIème siècle. D’anciennes chroniques illustrées montrent que le Chemin de Compostelle passait directement à l’intérieur de la chapelle. On restaura l’édifice lors de la seconde guerre mondiale.
La Via Jacobi atteint alors le centre-ville d’Einsiedeln (11’000 habitants), célèbre pour son monastère, mais aussi pour ses tremplins de ski, où on organise en hiver, et en été aussi, des concours internationaux de saut à ski.
Le monastère est dédié à Notre Dame des Ermites, trônant sur une gigantesque place, souvent garnie dans la journée et le dimanche. Le couvent d’Einsiedeln fait partie des lieux religieux qui accueillent le plus de visiteurs. Chaque année, plus de 500’000 pèlerins y viennent du monde entier voir et vénérer la vierge noire.

La fontaine de la Vierge se trouve au centre de la place. De nombreux pèlerins boivent à sa source. A l’origine, c’est la source de St Meinrad. On lui attribue des vertus thérapeutiques.

On a déjà mentionné que Meinrad, venu de Reichenau, maison bénédictine créée dans une île du Rhin, s’établit d’abord comme ermite, dès 828, près du col d’Etzel. Puis, il descendit sur Einsiedeln, alors en pleine forêt, pour vivre dans quelques pièces, avec une petite chapelle, pour lieu de culte. En 861, il fut tué par des voleurs qui lui enfoncèrent le crâne.

L’ermitage de St. Meinrad resta ensuite abandonné pendant 40 ans. D’autres moines reprirent l’ermitage. Ils restaurèrent la chapelle et défrichèrent les alentours. En 934, la petite communauté monastique, obéissant à la Règle de St. Benoît, s’agrandit et un premier Abbé fut désigné. En 947, l’empereur Othon reconnut le monastère et conféra aux abbés la dignité de princes d’Empire. Einsiedeln brilla d’un vif éclat, aux Xème et XIème siècles, et son influence rayonna sur l’Allemagne méridionale. Dès le XIVème siècle, son pèlerinage attira les foules. Il faut dire que c’est en 1286 qu’il est fait mention, pour la première fois, d’une chapelle dédiée à la Vierge. Sur l’autel où Meinrad faisait ses prières, on construisit une chapelle, le lieu où se trouve désormais la chapelle des Grâces, où les pèlerins du monde entier sont venus et viennent encore se recueillir auprès de la Vierge noire.

Suivit alors une période difficile avec de nombreux incendies, des frictions entre les autorités cantonales et le monastère, la Réforme. En 1577, un dernier incendie détruisit le village et une grande partie du monastère. La reconstruction fut entreprise. En 1683, la Chapelle des Grâces, contenant la précieuse statue et la vieille chapelle des ermites, fut transformée, complètement revêtue de marbre noir aux frais de l’archevêque de Salzbourg. La reconstruction quasi totale du monastère fut décidée en 1702. La façade actuelle, avec ses hautes tours, fut achevée en 1724. La grandiose place devant l’église fut aménagée de 1745 à 1747. On vivait en pleine époque baroque, et les bâtiments furent conçus ainsi. Au XVIIIème siècle, étant donné le nombre croissant de pèlerins, on fit quelques transformations dans les nefs, dans l’entourage de la Chapelle des Grâces et dans l’aménagement des grands orgues.

Pénétrons à l’intérieur de l’église.

Les amateurs de baroque tardif et de rococo y trouveront leur bonheur. L’objet de dévotion est dans la Chapelle des Grâces, la vierge noire, la Madone des Ermites. La statue, en bois de poirier, mesure environ 1 mètre. D’origine inconnue, elle aurait été amenée ici au milieu du XVème siècle. À l’origine, le visage et les mains étaient peints mais la suie des cierges qu’on faisait brûler finit par les noircir. On décida alors de peindre les parties principales de la statue en noir. Malgré les incendies successifs, la statue et sa chapelle restèrent intactes. On mit la Vierge en sécurité lors de l’occupation des troupes françaises à la Révolution de 1798.

Avant chaque grande fête religieuse, la statue change de costume et les moines lui changent de toilette plusieurs fois par année, en robe rouge, violette, blanche, bleu ou perse. Il n’y a pas moins que 33 tenues d’apparat, faites de tissus précieux, agrémentées de bijoux, de couronnes en or, de colliers, de chapelets en perles ou de boucles d’oreilles en diamants. Il existe un responsable de la garde-robe mariale au couvent. Couvrir une Vierge noire n’est pas l’apanage d’Einsiedeln. On pratique de même, par exemple au Puy-en-Velay ou à Rocamadour.

Dans la liturgie catholique, le commencement d’une année jubilaire est toujours solennellement marqué par l’ouverture de la Porte Sainte par le pape en la Basilique Saint-Pierre au Vatican. Mais, en ce Jubilé de la Miséricorde, le Pape François a souhaité que dans chaque diocèse qu’il y ait une porte sainte de telle sorte que tout un chacun puisse à travers le monde faire une démarche jubilaire. Einsiedeln a fait la démarche en dressant une porte devant l’église.

La gigantesque abbaye, dédiée à Notre-Dame des Ermites, à cause des circonstances de sa fondation, contient 4 cours intérieures. En plus des appartements destinés aux moines, elle comprend une école, des ateliers, une cave pour le vin de l’abbaye, des écuries abritant les chevaux élevés par les moines, une bibliothèque qui n’est pas ouverte au public. La bibliothèque monacale renferme des manuscrits et des livres qui remontent à la fondation du monastère au 10ème siècle. On compte aujourd’hui une cinquantaine de moines.
La vie de la cité se concentre près de l’église et des rues adjacentes. De beaux bâtiments ornent la place, dont le baroque Rathhaus ou l’hôtel St Joseph, une institution ici.
Même les banques ont droit ici à leurs fioritures.
Ce dimanche-là, il y avait foule à Einsiedeln. Ce n’étaient pas seulement les sauteurs à ski qui s’entraînaient pour le concours de saut. C’était une fête alpestre qu’on ne voit plus guère qu’en Suisse allemande, dans les gros bourgs. “Le suisse trait sa vache et vit heureux” a dit Vitor Hugo. Rien n’a changé sur tout le parcours que fait le Chemin de Compostelle, jusqu’à Lausanne. Des vaches, encore des vaches, rien que des vaches. A Einsiedeln, il y avait foule pour assister au cortège des claqueurs de fouet, mais surtout des sonneurs de cloches. Il ne manquait que les joueurs de cor des Alpes et les lutteurs à la culotte, pour faire le tour du patrimoine folklorique helvétique.
Et après cette symphonie, ma fois assez dissonante, la pause a lieu bien sûr à la cantine, aux sons d’on orchestre traditionnel. Bien évidemment, il vaut mieux négliger la cantine et pénétrer dans un des restaurants, où vous mangerez les meilleurs Rösti de la planète.

 

Logements sur la Via Jacobi

Hurden
Hôtel, repas, petit déj. Hotel-restaurant Rössli, Hudnerstrasse 137, Hurden 055 416  21 21
Pfäffikon
Chambre d’hôte (paille), repas, petit déj. Familie Dillier, Lützerhof, Etzelstrasse 126, Pfäffikon 055 420 21 93
Chambre d’hôte, petit déj. Ferienwohnung Kählin, Pilgerweg 36, Pfäffikon 055 419 56 20

079 240 35 72

Hôtel****, repas, petit déj. Seedamm Plaza, Seedammstrasse,3, Pfäffikon 055 417 17 17
Einsiedeln
Accueil jacquaire Voir site officiel de la via Jacobi
Chambre d’hôte, petit déj. B&B Wissmüli, Weissmühlestrasse 3, Einsiedeln 055 412 51 58

078 634 99 08

Chambre d’hôte (zen), repas, petit déj. Zen Ermita, Etzelstrasse 38, Einsiedeln 078 408 10 89
Hôtel pèlerin, pas de petit déj. Hotel Sankt Joseph, Am Klosterplatz, Einsiedeln 055 412 21 51
Hotel**, repas, petit déj. Hotel Allegro, Lincolnweg 23, Einsiedeln 055 418 88 88
Hotel**, repas, petit déj. Hotel Sonne, Hauptstrasse 82, Einsiedeln 055 412 28 21
Hôtel***, petit déj. Hotel Sankt Georg, Hauptstasse 72, Einsiedeln 055 418 24 24
Hôtel***, repas, petit déj. Hotel Drei Könige, Paracelsuspark 1, Einsiedeln 055 418 00 00
Hôtel***, repas, petit déj. Hotel Linde, Schmidedenstrasse 28, Einsiedeln 055 418 48 48
Hotel**, repas, petit déj. Hotel Allegro, Lincolnweg 23, Einsiedeln 055 418 88 88

Pour les logements, les renseignements sont juste indicatifs. Les données du livre ne sont pas réajustées chaque année. Dès lors, les prix ou les numéros de téléphone peuvent changer. D’ailleurs une telle liste ne peut être exhaustive. Chaque année, certains établissements ferment, d’autres ouvrent. Si vous cherchez un logement via AirB&B, consultez Internet, AirB&B ne communiquant pas les adresses des logeurs. Dans les gîtes, parfois le petit déjeuner est servi. Dans les accueils jacquaires, les prix sont laissés à la liberté du pèlerin. Certains accueils jacquaires proposent aussi le repas et le petit déjeuner. Les législations ne permettent pas de donner les coordonnées de ce type de logement. Consultez les sites officiels agréés pour ces adresses. En Suisse allemande, de nombreuses chambres d’hôte vous reçoivent sur la paille, où dormir dans ces conditions est très recherché.  De toute manière, il est très recommandé de réserver à l’avance, pour savoir si dans tous ces établissements, chambres ou hôtels, vous pouvez avoir le repas.

La liste ne dresse que les logements sur le chemin ou à proximité (moins de 1 km du chemin). Pour ce type de logement, consultez aussi les sites officiels du chemin. En Suisse, renseignez-vous auprès de “ Les Amis du Chemin de Composelle“ (https://www.viajacobi4.ch/Gites/).